"la dernière cigarette"

Publié le par Tournesol

« La dernière cigarette »

 

La dernière cigarette, je souhaite qu’un jour j’arriverai à raconter une courte histoire, à la limite une anecdote sur ce qui serait ma dernière cigarette, mais comme je ne suis pas encore à ce stade, aujourd’hui, je vais tenter de parler du film   Kabyle qui a pour titre « la dernière cigarette »,  sous titré en français.

 

 « La dernière cigarette » est un film de Ali BERKENNOUN, que je viens de découvrir.  Les acteurs sont presque muets, mais le film m’a fait replonger dans les profondeurs de la Kabylie que je n’ai pas vue depuis presque sept ans. Je ne suis pas un spécialiste du cinéma, mais j’ai trouvé que la prise d’image et le choix musical est une belle réussite.

 

Au début du film, en découvrant que la première scène parlait du suicide d’une jeune fille de 20 ans,  j’ai failli abandonner et arrêter mon lecteur, car j’espérai voir un film joyeux.  Mais une fois j’ai entendu les phrases prononcées par l’acteur jouant le rôle du malade mental, je suis resté collé sur mon canapé devant mon écran pour voir la fin. Une fin toujours muette mais elle m’a fait pleurer. Du début jusqu’à la fin et moi j’avalais et je refoulais mes souvenirs mais je n’ai pas réussi à surélever ma digue pour empêcher mes larmes de couler à la fin en regardant cette image du couple dans la baignoire du désespoir. La fille et le garçon qui n’ont pas l’occasion de vivre ensemble ont décidé de mourir ensemble, la main dans la main, les yeux dans les yeux en laissant derrière eux les villageois entrain de s’auto-juger.

 

A travers ce film, j’ai eu une pensée à tous les Amar de la Kabylie en particulier et tous les Amar algériens en général qui ont cru  gagner  la clef de la réussite le jour où ils ont appris leur réussite au bac. J’ai une pensée à tous ces Amar qui ont suivi des études universitaires dans l’espoir d’avoir un diplôme, puis un bon poste de travail, une femme, un foyer  et mener une vie normale. Hélas ! Notre pays a produit des centaines, voir des milliers de Amar qui  finissent leurs études avec une grande inquiétude : celle de se retrouver dans la rue entrain de raser les murs.  La majorité de ces Amar finissent par regretter leur parcours en voyant tous leurs anciens copains de classe qui ont le malheur (dans notre pays, on peut dire qui ont le bonheur) de quitter tôt les bancs de l’école et qui sont devenues des personnalité respectables dans les villages et ce avec l’argent du trabendo (le commerce en noir). Ces trabendistes ont compris le système avant les autres ou bien sont t-ils fabriqués par le système pour banaliser le travail et les études en Algérie ?

 

Amar, l’acteur principal du film « la dernière cigarette » a bien fait  des études universitaires et durant sont cursus il avait fait connaissance d’une jeune étudiante avec laquelle il projetait son futur. Mais à sa sortie, il s’est trouvé en train de raser les murs de son village. Dans une scène, on l’a vu en train de chercher du travail avec l’aide d’un de ses amis. On l’a bien vu dans un bureau devant un patron d’une entreprise qui lui répond négativement en lui disant «  qu’est ce qu’on va faire avec les gens qui ont fait des études ? On en n’a pas besoin. »

 

Cette phrase  je l’avais entendue avec mes propres oreilles. Elle m’a été adressée identiquement avec les mêmes mots et dans le même contexte. C’était en 1996. En me trouvant sous la contrainte de quitter les bancs de l’université en en cherchant un travail pour m’installer à Alger, la personne que j’avais sollicité pour m’aider à trouver un travail m’avait demandé de lui faire un topo sur mon parcours. En lui disant que j’ai fait telles études universitaires, que j’écrivais de temps à autre et que j’ai travaillé comme correspondant de presse, j’avais le droit à ce commentaire : « tu perds ton temps avec les études, la poésie, le journalisme… »….

Amar dans le film « la dernière cigarette » n’avait pas réussi à trouver du travail, ce qui n’était pas mon cas, car moi, j’avais cette chance de quitter le village pour aller dans la capitale.

 

Amar est solitaire, il n’arrive pas à parler avec les autres. La seule fois où on l’a entendu crié c’est au moment où il quitte la maison de ses parents en disant à sa mère et à sa sœur : « il me reste deux jours, après ça vous ne me reverrai plus jamais ». Il comptait ces jours avec le nombre de cigarettes qui lui restaient  dans le paquet qu’il avait caché  dans un tronc d’arbre.

Dans cette scène, on a vu la misère morale de Amar. On a vu qu’il dormait avec son pull et son jean et qu’il se réveille chaque matin avec  les cris et les insultes de son père qui le prenait pour un paresseux, un vaurien, « un âne » pour reprendre le mot exact de ce père.

 

A travers ce film, on peut revoir la communication traditionnelle entre le père et le fils. On voit bien que le père quand il veut critiquer, insulter son fils, il déverse toute sa colère et son flot de mots sur sa femme, sur la mère de l’enfant. On voit aussi que le garçon ne s’adresse pas directement à son père. On voit bien Amar dans le film entrain d’attendre le départ de son père pour sortir de sa chambre et déverser à son tour sa colère sur sa mère.  La mère dans notre société traditionnelle joue le rôle de la mer qui sépare deux continents, qui reçoit les déchets des deux rives…sauf que nos mères n’ont pas le droit de créer des vagues pour rejeter un minimum de déchets. Elles sont là pour encaisser et avaler.

 

Amar se sentais mal aimé par ses parents. Est-il réellement mal aimé ? Je ne pense pas qu’il existe des parents qui n’aiment pas leurs enfants. Mais dans notre société traditionnelle, il n’existe aucune communication entre les parents et les enfants dans ce sens.  Les parents jouent avec leurs enfants, les câlinent jusqu’à la naissance d’un nouveau né et à partir de ce moment là,  un mur de Berlin s’installe entre les deux. Si je me prends comme un exemple, la seule fois où mon père m’avait pris dans ses bras, c’était le jour où il m’avait réveillé pour m’annoncer ma réussite au bac. On peut dire que l’amour entre le père et le fils existe, mais comme on n’arrive pas à le voir, quand on n’arrive pas à le sentir et voir l’ombre de son ombre, on devient fataliste et on se voit mal aimé pas nos propres parents et à partir de ce moment on se pose un tas de questions  sur nous même et sur notre entourage. On commence à perdre confiance en nous même et en notre entourage.  Les plus faibles de caractères finissent par mettre fin à leur vie. Et malheureusement le nombre des jeunes qui se suicident en Kabylie n’arrête pas de flamber. En 2001, si ma mémoire est bonne une commission parlementaire a été crée pour faire une enquête sur ce phénomène.  Une autre partie de ces jeunes, dotée d’une force de caractère finissent par avoir la rage de vaincre, la rage d’avancer dans la vie et de tout faire pour démontrer le contraire. Pour démontrer qu’ils ne sont pas des vauriens, qu’ils ne sont pas des paresseux....Ils ne cherchent pas à regagner ni  l’amour qui leur a manqué, ni l’affection qu’ils n’ont pas connue… Leur seule obsession : exister. ….A suivre

 

 

Rahim Bouaich le 13/09/08                    il est temps de dormir n’est ce pas.   2H

 

 

 

 

 

Publicité

Publié dans social

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
Ya rebbi j'ai vu le film et j'ai pleuré aussi ça ma vraiment plus parceque c'est ce que vivent beaucoup de jeunes Algeriensmais comme vous connaissait la qualité des vcd en algerie j'ai pas pu arriver à la fin et voire s'ils ont mis fin à leurs jours lui et sa promise ........ j'éspére que non
Répondre