Fatah Chibane, un jeune maire a été assassiné.
Fatah Chibane, un jeune maire a été assassiné.


Le jeune maire, Fatah Chibane, de Timezrit, une commune de Bejaia (Algérie), a été sauvagement assassiné par un groupe de quatre terroristes qui portaient des tenues de la police nationale. En apprenant cette information tragique, depuis mon exil, je n’ai pas cessé de me poser un tas de questions. Des questions sur le but recherché par ces nouveaux bandits des grands chemins, par ces mains assassines, par ces bêtes modernes ? Je suis resté quelques jours sans pouvoir écrire un mot, car dans ce genre de situations les mots sont faibles pour décrire ce qu’on ressent et ce qu’on vit à l’intérieur. Je dis bien par ces bêtes des temps modernes, car pour assassiner une personne qui ne vous a rien fait, un jeune universitaire qui a tenté d’apporter un nouveau souffle à sa commune, il faut être un sauvage, un être sans sentiments, sans foie, il faut être un lâche tout court, car en croyant à Dieu, je dirai que la vie qui nous a été donné par Dieu, personne sur terre n’est mandaté pour nous juger et nous ôter la vie.
La peine de mort a été abolie dans la majorité de pays dans le monde et malheureusement, dans notre pays, cette peine traîne partout. Vous pouvez la croiser sur votre chemin le matin, le soir, un jour de semaine, un jour férié…. Cette peine rode partout. Vous pouvez la croiser sur des routes sinueuses en vous arrêtant car votre chauffeur avait besoin de vider sa vessie comme c’est le cas de notre jeune maire….
Fatah Chibane est assassiné par deux balles et ses deux compagnons sont aussi assassinés moralement. Le chauffeur se remettra-t-il après ce qui s’est passé ? Il se sentira coupable à vie. Il doit se dire : « mais pourquoi je me suis arrêté à cet endroit ? Si je ne me suis pas arrêté notre maire serait toujours vivant parmi nous… »..Ce chauffeur que j’ai connu en étant membre de l’association « Tafat », qui nous a accompagné durant notre tournée théâtrale a besoin d’un énorme soutient psychologique.
Fatah Chibane a été assassiné avec deux balles, mais est-il réellement mort ? Je ne le pense pas. Son nom restera gravé dans la mémoire de toute la population. Il est jeune, très volontaire et très respectueux. Il fait partie de cette nouvelle génération qui voulait faire changer les choses. Il fait partie de ces jeunes qui ne perdaient pas leur temps à jouer aux dominos. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, il est toujours présent durant les événements culturels et il n’hésite pas à apporter de nouvelles idées et de nouvelles analyses.
Fatah Chibane est mort assassiné à l’âge de 41 ans et il a laissé derrière lui, une femme et un enfant de quatre ans. Cet enfant, aujourd’hui il aura du mal à comprendre ce qui se passe et la raison de la disparition subite et tragique de son père. Mais un jour il finira par apprendre que son père a été sauvagement assassiné par des imbéciles et par des lâches. Il finira par apprendre que son père et mort en héro. Il finira par comprendre que son père a tenté de changer les choses et a tenté d’apporter un nouveau souffle pour sa commune. Il finira par comprendre que son père est mort pour ses idées et son combat pour la démocratie. Alors, il pourra continuer à vivre tête haute et fière d’être le fils de son père.
Et les sauvages sans vergogne ont-ils des enfants ? Et leurs enfants que pourront-ils dire le jour où ils apprendront que leurs parents été des terroristes, des bandits qui ôtent la vie à des innocents ? Que pourront-ils dire à propos de leurs parents qui ont réagi comme une bande de lâches en assassinant par balles un jeune maire et qui se sont cachés comme des rats dans une forêt ? Auront-ils l’audace de se monter, un jour, à visage découvert et raconter leurs « succès » à leurs enfants ? Dans un pays où la loi est de vigueur je ne le pense pas. Mais dans un pays où on peut lire comme cet extrait de la revue « jeune Afrique » :
« Madani Mezrag ne regrette rien
ALGÉRIE - 25 décembre 2005 - par FARID ALILAT, ENVOYÉ SPÉCIAL À JIJEL
Rangé du terrorisme, l'ancien chef de l'Armée islamique du salut prêche aujourd'hui la concorde sans pour autant renier son passé.
Au téléphone, la voix de Madani Mezrag est rassurante : « Vous êtes le journaliste venu de Paris ? Bienvenue à Jijel ! Pour l'adresse, demandez à n'importe quel passant. Tout le monde connaît la maison de Mezrag. » À Kaous, petit village situé à mi-chemin entre la ville côtière de Jijel - à quelque 350 km à l'est d'Alger - et les anciens maquis terroristes d'Oum el-Hout, rares, en effet, sont ceux qui ne connaissent pas cet homme. Hier chef d'une organisation terroriste, l'AIS (Armée islamique du salut), Madani Mezrag est aujourd'hui un notable. Après avoir pris les armes en 1993, mené une guerre impitoyable à l'État algérien, il négocie une trêve avec les généraux en 1997 et bénéficie en janvier 2000 d'une amnistie totale pour lui et les 5 000 combattants de son organisation.
Rangé du terrorisme, Madani Mezrag est devenu un personnage fréquentable et sollicité. Il passe à la télévision, donne des conférences pour prêcher la réconciliation nationale et n'hésite pas à s'afficher au premier rang dans les meetings du chef de l'État. C'est dans son local commercial chichement meublé - des étagères vides, deux chaises en plastique et une petite table - qu'il nous reçoit. Ses visiteurs ? Des repentis qui sollicitent une aide matérielle, d'ex-compagnons d'armes venus prendre des nouvelles du chef ou de simples citoyens qui s'arrêtent pour dire bonjour, et, bien sûr, des journalistes. »
Je dirai que tout est possible et avec la préparation de Bouteflika pour qu’il brigue un troisième mandat on n’est pas sorti de l’auberge.
Que Dieu ait l’âme de notre jeune maire et que Dieu apporte une force psychologique à toute la famille du défunt et à ses proches pour qu’ils puissent supporter cet insupportable et tragique événement.
Et je profite de cette tribune pour exprimer toutes mes condoléances à toute sa famille et à ses proches.
Rahim Bouaich.
Paris le 09/11/08