Bouteflika Président (suite 11)
Suite11
Said Bouamama : chercheur algérien en sciences sociales installé à Lille (France), auteur du livre « l’Algérie, les racines de l’intégrisme »
Ce chercheur donne son avis dans une contribution à la presse :
« Pour parvenir à ses fins, le président Bouteflika est amené à donner des gages de sa « neutralité ». Ces gages cumulés sont significatifs du projet du président :
- réhabiliter historiquement les terroristes ; les propos du Président parlant de « coup d’Etat » à propos du processus électoral de 1992, de sa compréhension sur le choix terroriste (« si j’avais seize ans »)… visent à cette réhabilitation indépendamment du sang versé ;
- décourager les associations des familles victimes du terrorisme en les mettant exactement sur le même plan que les familles de disparus ;
- neutraliser l’ensemble des grands dossiers pouvant relancer la polémique idéologique entre deux projets de société qui s’affrontent en Algérie: la politique des « commissions » comprenant des membres contradictoires vise à cet objectif (réforme de l’enseignement; de la justice…) ;
- donner des gages au projet intégriste : la diabolisation de journalistes se rendant en Israël, la nomination de Belkhadem et le rétablissement des relations diplomatiques avec l’Iran, le refus de la réforme réelle du code de la famille, le gel de la revendication amazighe…sont autant de signaux en direction des intégristes pour les pousser plus loin dans le processus de « réconciliation ». (…) Il s’agit en fait d’une relégitimation et d’une réglementation du projet intégriste. D’autres concessions et compromissions sont, selon nous, malheureusement à venir. (…) Curieusement, Bouteflika réussissait à faire revivre la tactique du « soutien critique » qui a été celle de la gauche algérienne pendant des décennies. Le RCD et l’ANR, en abandonnant le principe de la nécessaire rupture avec le système en place, se retrouvent muselés et jouent une fonction objective de « faire-valoir démocratique » à l’opération de réhabilitation des forces intégristes. Contraints de ne s’appuyer que sur le président, ces partis en viennent à cautionner le retour du présidentialisme, c’est-à-dire non plus du parti unique mais de l’homme unique.(…)L’instrumentalisation des forces politiques porteuses potentiellement d’une alternative démocratique est ainsi le second bilan de Bouteflika, après la paupérisation que nous avons souligner plus haut. (…) Les facteurs objectifs d’une rupture avec le système sont ainsi en voie de maturation rapide, mais les facteurs subjectifs manquent cruellement. La colère sociale peut, certes, déboucher sur une explosion de la faim et du « ras-le-bol », mais sans avoir d’expression politique alternative capable de lui donner un sens. »
Sid Ahmed Ghozali : Président de Sonatrach sous Boumediène, ministre le l’industrie chimique, ex-chef de gouvernement sous Chadli, candidat malheureux aux présidentielles d’avril 1999 et président du FD, un nouveau parti non agréé à ce jour.
Il a livré sa pensée sur Bouteflika dans un journal Koweïtien Ar-ra’y al Aam repris par Le Matin du 09 août 2000. En bon connaisseur du domaine de l’énergie, M. Ghozali, a déclaré ceci à propos de la situation économique du pays: « l’embellie sur les marchés internationaux nous vaut cette année près de vingt milliards de dollars d’exportation pétrolière, soit 80% de la moyenne de la décennie passée […] Depuis l’indépendance, la situation financière n’aura jamais été aussi confortable. Un pouvoir compétent et réellement désireux de faire face aux grands problèmes du pays n’aurait pas manqué d’exploiter les possibilités ainsi ouvertes pour accélérer les réformes et engager aussitôt les mesures courageuses, généreuses et intelligentes, propres à redonner l’espoir aux Algériens. Au lieu de cela, cette réalité et ces promesses sont cachées aux Algériens. Faute de volonté politique, absence d’idées et de projets ou tout simplement d’incurie, le pouvoir ne se montre ni inspiré par un quelconque programme d’action globale ni conscient des actions urgentes d’accompagnement qu’exige la détresse des plus démunis. » Pour lui, le pouvoir excelle dans « la fuite en avant sur la scène internationale. Il n’y a de programme que dans l’agitation verbale et irréfléchie. Il n’y a de programme que dans la politique spectacle. Quant aux quatre milliards de dollars d’investissement annoncés tapageusement depuis Béchar, Tiaret et Laghouat notamment, les Algériens les attendent toujours. » M. Ghozali, comme tous les Algériens constate, lui aussi, que « la violence sous toutes ses formes regagne le terrain qu’elle semblait avoir perdu en 1998. ». Concernant la concorde civile, il a déclaré que le fait de « l’attribuer à un homme providentiel est une mystification et une vaine falsification de l’histoire », avant de s’interroger: « qui veut donc duper les Algériens en leur laissant croire que la paix serait au bout du pardon et de l’absolution accordée aux auteurs de la barbarie sans que passe la justice du pays, sans que les bourreaux aient la décence de demander pardon aux parents de leurs victimes ? ». Sur ce plan, M. Ghozali trouve que la source des conditions favorables à l’existence de l’intégrisme islamiste est bel et bien nos propres gouvernants qui ont « tourné le dos aux vrais problèmes du pays et laissé s’instaurer une situation de pourrissement ». Pour lui, la seule réconciliation urgente à faire est «la réconciliation entre l’Etat et le citoyen»
Mohamed Cherif Belkacem : portant le nom de Si Djamel durant la révolution, ex ministre,
Lors du forum d’El Youm du jeudi 15-02-2001:
« je souhaite que Bouteflika parte, il passe son temps à parler dans le vide ».
(…) « Il cherche des solutions à la crise algérienne du côté de cheb Khaled et d’Enrico Macias »
(…) « Bouteflika a critiqué l’armée, les douanes, les partis politiques, la presse, les institutions, le patronat, sans présenter une quelconque alternative; il est préférable qu’il parte, d’autant plus qu’aucun des objectifs qu’il s’était assignés à son arrivée n’a été réalisé. »
(…) « Bouteflika n’est qu’une devanture, le vrai responsable est Benhamouda. (secrétaire général du FLN) »
« Ni Nahnah, ni Benhamouda, ni Sadi, ni aucun responsable d’un quelconque autre parti ne peut diriger le pays et l’armée ne peut ni veut diriger seule le pays ».
Ahmed Benbitour : ex-chef du gouvernement
Au forum du quotidien arabophone El Youm, tenu le 31 mai 2002.
Le Docteur Ahmed Benbitour avait remis ce jour-là aux journalistes un document intitulé : « Initiatives pour un programme politique de sortie de crise par l’unité dans la diversité ». Lequel programme pourrait, selon lui, mettre fin aux solutions provisoires et surtout « au hasard des loteries, d’où sortent les parlementaires et les chefs d’Etat ». Dans ses réponses aux questions des journalistes, l’ex-chef du gouvernement avait déclaré qu’ « il est temps d’arrêter le processus de mise en place de l’autoritarisme qui va mener le pays à la dérive. Tel un régime qui se construit sur deux canaux, l’un sur le discours populiste et l’autre visant à installer une dictature par consensus ».
Dans une interview accordée au quotidien Le Matin du 11 mars 2001, le docteur était plus sévère dans ces réponses. A une question concernant sa démission, il a répondu qu’il n’y avait pas un moyen de l’éviter en déclarant : «il y avait entre le chef de l’Etat et moi une divergence fondamentale dans la conception qu’on se fait l’un et l’autre du rôle de l’Etat. Cela ne pouvait pas continuer. L’ordonnance élaborée en dehors du gouvernement a été l’opportunité qui a motivé mon départ, mais elle n’est que la goûte qui a fait déborder le vase. Je le répète, la divergence principale porte sur le rôle de l’Etat dans la phase actuelle de redressement du pays. Tout travail devenait impossible à réaliser. » Plus loin, il a ajouté : «(…)Mais dans celles (les conditions) où j’exerçais mes fonctions, c’eut était une tricherie que de faire semblant de diriger un gouvernement et de faire croire qu’on était en train de réaliser un programme de redressement. J’ai toujours considéré la responsabilité comme une mission. Si les conditions de réaliser votre mission ne sont pas réunies, à quoi bon continuer ? Pour les privilèges personnels ? Allons…Cela aurait été une perte de temps pour moi et pour l’équipe que je dirigeais. Moi, je ne pouvais pas formuler des slogans et d’encourager l’immobilisme. »
Hocine Ait Ahmed : président du FFS (Front des Forces Socialistes), candidat aux élections présidentielles de 1999
Le 17 juin 2001, M. Ait Ahmed, intervenant sur les ondes de Radio France Inter a déclaré à propos de Bouteflika : « l’armée ayant porté Abdelaziz Bouteflika au pouvoir le gardera aussi longtemps qu’il sert le régime. Et il le sert très bien.(…) Bouteflika ne fait que voyager pour essayer d’endiguer l’intérêt que prend la communauté internationale dans ce qui se passe en matière des droits de l’Homme en Algérie. »
Mourad Benachenhou : Ancien ministre
Dans une contribution intitulée « Le serment de l’hypocrite », publiée par le quotidien Le Matin le 27-03 2001
Sur la commission de réforme de la justice :
« Si seules les propositions avancées sont neuves et que rien n’a changé par ailleurs, c’est que l’objectif de cette fameuse commission était non de redéfinir la justice et de rompre avec les pratiques anciennes, mais de reprendre possession de l’appareil judiciaire pour continuer à en faire ce que les prédécesseurs en avaient fait : un simple instrument de pouvoir, poursuivant les petits criminels et les innocents « gênants », mais aveugle aux crimes des « grands » ; bref la commission de réforme de la justice apparaît simplement comme une grande manœuvre de diversion, une anecdote sans impact réel profond sur le système judiciaire qui continue à fonctionner sur la base de la philosophie de la Hogra pour la majorité et de l’impunité pour une minorité(…) ».
Sur les autres commissions :
« Ce qui a été dit sur la commission de réforme de la justice peut être repris, en ne changeant que ce qu’il faut changer, pour les autres commissions. L’avenir prouvera, au-delà de tous les doutes, qu’elles ont été créées non pour changer l’Etat des choses ou améliorer le quotidien de l’Algérien moyen, mais pour confirmer les errements passés et prouver que « le changement est dangereux ».
Mahfoud Nahnah : président du MSP qui a plusieurs ministres au sein du gouvernement de Bouteflika
Il déclare, lors du forum d’El Youm du 5 novembre 2001, à propos de la gestion de Bouteflika - et sans le vouloir de ses propres ministres- que : « Bouteflika n’a pas réussi à éteindre le feu de la fitna et le peuple s’est appauvris encore. Sur le plan économique, je doute fortement en ce plan de relance dont on parle. Le développement ne consiste pas à repeindre les murs ou changer les carrelages. Le peuple a besoin de travail, de logements, d’amélioration des conditions de vie (…)Mais malheureusement, l’embellie financière n’a pas été utilisée dans ce sens. La société n’en a pas du tout profité. » (voir l’authentique du 6 nov. 2001 p.2)
Robert H. Pelletreau : diplomate américain, président du groupe de travail Maghreb au sein du Corporate Council of Africa (CCA)
Il déclare dans un entretien accordé au journal en ligne Algeria Interface : « L’Algérie est politiquement instable, le gouvernement Bouteflika est parfois en désaccord avec lui-même et ne présente pas l’image d’une équipe cohérente et soudée. » pour lui, il existe des « conflits d’intérêts dans différentes régions du pays, au sein de l’armée et parmi les islamistes » (voir Le Matin du 2 sept. 2001 p.24)
Le général Khaled Nezzar, ou l’homme aux trois avis : ex-ministre de la défense nationale et ex-membre du HCE (Haut Comité d’Etat)
Dans le matin du 14 septembre 1998.
« Si Abdelaziz, une marionnette »
Dans l’article paru dans le matin du 12 septembre 1998. « Qui lui succédera ? » signé Djamel B., il a été émis plusieurs hypothèses traitant des hommes susceptibles de se trouver en réserve de la République.
Je voudrais apporter aux lecteurs la réalité du cas Abdelaziz Bouteflika lorsque celui-ci fut pressenti pour le poste de responsable suprême. En effet :
1 M. Abdelaziz Bouteflika fut non seulement « approché » mais eut, sur sa demande, un mois pour y réfléchir. Après quoi, et à sa demande toujours, il prit contact avec les responsables de l’institution, y compris les commandants de forces.
2 A la lumière des réponses aux questions qu’il posa à ses interlocuteurs, il fut non seulement convaincu, mais appuya son engagement par la phrase : « Nous sommes tous dans la même tranchée ».
Alors qu’il était question d’être personnellement à ses côtés pour le seconder dans sa tâche, il nous fit comprendre qu’il voulait rester seul aux commandes. Je répondis immédiatement par l’affirmative, car mon seul but consistait en l’intérêt suprême de la nation. Au moment où la conférence nationale arrivait à son terme, il refusa catégoriquement d’avancer son nom et ne donna aucune justification à son refus. La seule raison à mon sens, réside dans l’inaptitude à affronter une situation des plus difficiles, sachant que c’est dans ces moments que l’on juge les véritables hommes et non, comme le dit Djamel B., maintenant que « le terrorisme ne menace plus les institutions de l’Etat, l’idée de confier le portefeuille de la défense à un civil circule… Bouteflika est même présenté comme candidat idéal, car il fait le consensus et serait un homme de poigne… » En aucun cas, il ne fut question de cumul de la fonction de chef d’Etat avec le poste de ministre de la Défense. Quant à la soi-disant « poigne » de Si Abdelaziz et pour paraphraser un des amis, cette « poigne » n’est qu’une marionnette articulée par les pans du burnous de feu le président Boumediene. »
« Si Abdelaziz le canasson »
Deux jours après cette réponse faite à un article du Matin, soit le 16 septembre, il a réagit encore à un autre article du quotidien El Watan, dont voici le texte intégral :
« Dans la rubrique « on vous le dit » de l’édition d’El watan du 15 septembre 1998, il m’a été reproché de m’adonner à des luttes de sérail. Cela n’étant pas ma « tasse de thé », je tiens à apporter les précisions suivantes :
1- Je n’ai jamais fait parti du sérail de Si Abdelaziz et je n’ai jamais eu d’intimités envers lui. Simplement, j’ai voulu réparer ce qui, à mon sens, était une insulte faite à l’époque à l’endroit de l’ANP qui n’a eu pour seul soucis que l’intérêt du pays.
2- Il ne m’a jamais été venu à l’idée de le faire, si ce n’est vous et certains journaux qui m’avaient rappelé ce mauvais souvenir en ressortant ces vielles casseroles, sachant pertinemment qu’elles ne peuvent même pas servir à faire de la soupe.
3- Dans l’argumentaire que j’ai développé, j’ai pourtant pris la précaution de dire que je paraphrasais une personne qui a eu cette réflexion après qu’il a vu la manière peu cavalière de la défection de Si Abdelaziz.
4- Malheureusement à l’époque, ceux parmi les cadres de l’Etat susceptibles d’occuper une telle responsabilité dans le contexte difficile de l’époque, il fallait les chercher à la loupe. A moins que votre reproche concerne également le choix du défunt Mohamed Boudiaf. Quant à mon appartenance au sérail, il reste à prouver surtout que j’ai eu à en pâtir plutôt qu’à en profiter (étymologiquement parlant). Ce qui est par contre sûr, ce sont vos accointances (douteuses), sinon pourquoi accourir à la rescousse de Si Abdelaziz.
5- Pour les hommes comme vous, observateurs soi-disant avertis qui répétaient à qui veut vous entendre qu’on ne peut faire du neuf avec du vieux, je suis en droit de me poser la question de savoir à quels intérêts répond la remise en scelle de tels « canassons ». Seuls des palefreniers sont en mesure de les soigner en utilisant de vielles recettes de grand-mère. »
C’est loin de tout commentaire, mais on demanderait quand même deux petites choses à M. Nezzar : M. Bouteflika, était-il encore « neuf » en 1994 à ses yeux? ou bien compte-il s’en débarrasser, en ce moment, à l’aide de « vielles recettes de grand-mère » ?
M. M’hamed Yazid n’avait pas tort de déclarer dans les colonnes d’El Watan : « Dès qu’on a parlé d’un candidat du pouvoir, c’est à dire le l’armée, on a vu réapparaître et se regrouper des personnages représentant des intérêts économiques importants en dépit de leurs divergences. Dans ce magma, on retrouve des individus dont la base de vie est à l’étranger ». Il est clair alors que M. Nezzar fait partie de ce « magma » et c’est ce qui expliquerait sans doute son revirement par rapport à Bouteflika, un certain 11janvier (date anniversaire de l’écartement de Chadli de la présidence). Il avait écrit dans les colonnes du Matin du 11 janvier 1999.
« Si Abdelaziz, l’homme de la situation »
A suivre.../...