Les chroniques du tiroir

Publié le par lydia

Une minute de silence à la mémoire des victimes du séisme qui a frappé l’Algérie

 

 

 

                  

 

 

 

Décidément, le malheur ne veut pas lâcher notre pays et plus particulièrement son peuple. Après les massacres collectifs des années 90, la nature a  pris le dessus pour frapper ceux et celles  qui restent encore vivants (disons les survivants). Il y’a deux ans de ça, une pluie torrentielle a dévasté notre capitale et a fait un millier de morts. Aujourd’hui, c’est au tour d’un séisme, un séisme qui a fait plus de mille morts à Alger et ses environs.

 

 

                   Dans cette situation catastrophique, en tant qu’algérien et en tant qu’être humain, je ne trouve pas les mots pour qualifier l’horreur dont est plongée notre peuple. Alors, j’appelle tous mes compatriotes (et ceux qui veulent partager avec nous cette souffrance) à faire une minute de silence à la mémoire de toutes les victimes de cette catastrophe naturelle, le Samedi 24 mai 2003 à minuit. Dans les couloirs ou dans les chambres, le lieu n’a pas d’importance.

 

 

 

                   C’est une façon de partager la douleur de ceux et celles qui sont touchés dans leur chair, et, en même temps condamner le pouvoir qui n’a rien fait pour sauver son peuple.

 

 

 

 

 

Vivre l’Algérie vive son peuple.

 

 

 

Le libre citoyen.

 

 

 

 

 

 

 

Boite noire

 

         Pour ne pas rater tout ce qui passe par ma tête, j'avais pris l'habitude d'écrire quand les autres s'endorment. Pour écrire, ce ne m'était  pas facile; quand j'étais chez mes parents, j'attendais le calme et pour être dans le calme, il faut que tous mes frères et sœurs se couchent, il faut que mes parents regagnent leur chambre sans dégâts, oui sans dégâts, car j'en avais vécu tellement. Une fois à l'université, c'est pareil, j'étais aussi contraint d'attendre mes copains de chambre, ces derniers étaient à trois, alors c'était plus difficile de les faire dormir tous en même temps. Me voilà marié. Avec ma femme, c'était plus difficile vue que ma femme a un droit d'avoir sa part de mon temps. Dans la journée, je travaillais pour gagner quelques soues et le soir, en rentrant à la maison, il est évident que devrais rester en compagnie de ma femme puis avec ma première fille. De temps à autre, j'arrivais à faire dormir tout le monde pour quitter ensuite ma chambre pour me diriger dans mon bureau afin de faire éjaculer ma plume sur du papier blanc. Attendre que tout le monde dort est un fait qui avait contribué à la disparition de beaucoup de mes idées.  Pour ne pas continuer sur cette trajectoire, j'avais opté à une autre méthode, celle d'écrire au milieu du monde qui m'est inconnu; dans les cafés, dans les bus… Mais tous mes articles étaient éparpillés sur des feuilles que je n'arrive pas  souvent à trouver. Des fois, c'est par manque de volonté que je perds mes feuilles, car je me demandais à quoi cela peut me servir. Mais, un dimanche après midi, en étant dans le métro en direction du marché de Montreuil, l'idée de la boite noire m'est venue en tête. Je me suis dis: l'analyse de la boite noire dans un avion est l'unique moyen de savoir les raisons de son crash… alors pourquoi ne pas rassembler toutes mes idées, mes analyses… dans un même dossier que j'appellerai "ma boite noire".  Cette boite  va me servir de repère durant mon vivant et après ma mort ou mon crash si je peux dire ainsi, elle pourra servir mon entourage le plus proche et c'est à lui de s'en servir à sa guise.    

 

 

Délires

 

Ecrire, c'est ce que je veux faire dans ma vie. Écrire pour décrire ce qui se passe autour de moi, ce qui passe devant mes yeux et par mes oreilles. Écrire ce qui me tourmente, ce qui me fait mal au cœur pour le partager avec des gens comme moi, des gens sensibles à tous les malheurs de la vie, les gens qui n'arrêtent pas de lutter contre eux-mêmes pour rester justes, car il n'est pas du tout facile de rester juste dans le monde actuel où l'injustice devient loi. Mais pour écrire, je pense qu'il est indispensable de maîtriser une langue et malheureusement je ne maîtrise aucune. Je suis né dans un pays qui n'est pas loin des pays développés, un pays  gouverné par tout le monde sauf par son peuple. Un pays qui n'a pas lésiné sur les moyens pour détruire son propre patrimoine historique dont  ma langue maternelle. Un pays qui a arraché son indépendance par le sang pour plonger dans un autre univers, celui de la dépendance dans tous les sens. Notre pays, on peut le comparer à un fumeur qui ne peut pas se priver de la nicotine.  Dans mon pays, on m'a enseigné l'arabe, la langue du Coran comme on n'arrête pas de nous le répéter. La langue arabe, malgré que j'aie fait  mes études, du primaire au lycée, avec, j'arrive à comprendre tout ce que j'entends, mais écrire avec, m'est une tache impossible. Et les raisons, je crois qu'il y a une seule- cela est dû au fait qu'elle m'était imposée. Je me souviens qu'en étant au primaire, j'avais déjà un rejet pour cette langue, c'était les années 80 qui ont donné naissance au printemps berbère. A l'époque, je me rappelle du petit calepin de mon père sur lequel il avait écrit l'alphabet berbère en Tifinagh. J'étais un petit gamin qui fouillait dans les papiers pour découvrir ce que les grands me cachaient. A l'époque, mon père avait pris l'habitude de cacher soigneusement son petit calepin. En ce moment, j'avais compris qu'il faisait ça à cause de moi. Mais je n'avais pas tardé pour comprendre qu'il avait peur qu'on découvre cet alphabet chez lui, car c'était une langue bannie. Oui, je n'avais pas tardé pour comprendre les enjeux de l'époque, car à l'extérieur, j'écoutais les gens pour comprendre la peur des adultes tel que celle de mon père.  En conséquence, j'avais mis dans ma tête que l'arabe est une langue de colon. Un jour, en étant en 5ème année du primaire, notre enseignant, nous avait demandé de conjuguer un verbe (en arabe bien sûr) dont je ne me rappelle pas. Tous les élèves de ma classe étaient restés bouche cousue. Cet enseignant qui était un arabophone, nous avait dit "Si je vous ramène mon petit frère qui n'est pas encore rentré à l'école, il va vous conjuguer ce verbe" Pour moi, c'était une insulte. Alors j'avais eu l'audace de répliquer, d'ailleurs je  ne savais même pas comment cela m'était venu en tête, je lui avais dit: "même moi, si je vous ramène mon petit frère qui est à la maison, il va vous conjugué n'importe quel verbe en Kabyle." L'enseignant avait encaissé ma réplique sans aucune réaction méchante, car il savait que je suis issu d'une famille respectable et en plus de ça, j'étais un élève très brillant. Depuis, je n'arrêtais pas d'écrire en cachette des mots kabyles avec des lettres arabe sur le tableau durant la récréation pour emmerder notre enseignant.

 

         Une fois au lycée, le rejet de la langue arabe avait pris de l'ampleur. Comme j'étais un matheux, je ne donnais plus de l'importance à la littérature arabe. J'avais formé un groupe d'amis. On était trois. Chacun de nous devrait lire un roman en langue française et devrait faire un résumé. On avait commencé à relier des mots en leurs donnant un sens  dans l'espoir d'avoir nos propres poèmes. A l'époque, je lisais les poèmes de Paul Verlaine, d'ailleurs à ce jour à chaque fois qu'il pleut, je revois ses vers: "il pleut dans la ville comme il pleut dans mon cœur."J'avais aussi tenté de lire B.Brecht. D'ailleurs, un jour notre prof d'arabe, dans un cours sur le théâtre  de Tawfiq El Hakim, je me rappelle qu'il s'était lancé dans les louanges. Pour l'arrêter, je lui avais dit du fond de la salle: " Il n'est pas B. Brecht"Ce prof n'était pas comme celui du primaire, il m'avait demandé de quitter la salle sur-le-champ. En terminal, je me forçais à lire, je me disais: "je n'ai pas le choix, je dois utiliser cette langue pour arriver à l'université."  En première année universitaire, j'avais un module d'économie. Durant les premiers trois mois, je n'avais jamais assisté à un cours d'économie. Et lors du premier examen, notre professeur nous avait posé une question sur les accords du GATT et il nous avait donné le choix de répondre en arabe ou en français. Premièrement, par rapport à cette question, j'avais la chance d'avoir lu des articles dans le quotidien El Watan qui traitait beaucoup les sujets économiques. Deuxièmement, pour ce qui concerne le choix de la langue, ma pensée du lycée avait  fait son apparition dès la première seconde. J'avais juré de ne plus utiliser la langue arabe. En conséquence, j'avais répondu en français.

 

         Pour comprendre la non-maîtrise d'aucune langue, il faudrait jeter un coup d'œil sur le système éducatif de notre pays. Et pour ne pas tarder sur ce sujet, je pense que cette phrase du journaliste algérien Abdelkrim  Djeaad, prononcée lors d'une conférence à l'université de Bejaia: "j'ai visité pas mal de pays dans le monde, je n'ai jamais trouvé un pays où c'est les exclus qui assurent le métier d'enseignant." Suffit largement.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Said Sadi le politicien raté

 

 

Le siècle a changé, on n'est plus au 20ème siècle mais on est au 21ème. C'est fini l'époque du contrat de Rome. C'est fini les histoires des alliances avec les islamistes. On est le 08 avril 2004, le jour des élections présidentielles en Algérie. Le soir, Said Sadi signe un communiqué avec le secrétaire général du FLN, M. Benflis et M.Abdellah Djaballah, le seul islamiste en cours pour les présidentielles. (à lire le communiqué)

 

Lors des présidentielles de 1999, tout le monde avait cru que l'Algérie allait marquer son nom dans l'histoire positive des nouvelles démocraties. Hélas! La veille du jour J, les six candidats jettent l'éponge et ôtent le rideau pour dévoiler la face cachée d'une mascarade organisée. A cette époque, Said Sadi avait opté pour le boycott. Il avait fait campagne pour dénoncer "la dernière fraude du siècle".  Comme on l'a dit en haut, le siècle a changé et Sadi avec.  On est en 2004. Lorsque les citoyens disent que "les jeux sont déjà faits" le leader du RCD réplique en disant "appeler à l'abstention, c'est appeler à la démission, ce dont se nourrit un Etat comme le nôtre. C'est criminel!" (Le Monde du 16-04-2004, Algérie victoire et fraude incontestable) Peut-on comprendre par-là que Said Sadi en 1999 avait appelé au boycott car il avait cru que les jeux  n'étaient pas faits d'avance?  Et pour arranger cet Etat, il a fallu appeler à l'abstention? En 1995, Sadi avait participé car comme tout le monde le savait, Zeroual était élu d'avance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vivre en noir dans une capitale lumineuse, Paris.

 

 

 

 

Le hasard avait réuni toutes les conditions pour que Mourad puisse quitter son pays un certain premier avril. Il s'était embarqué dans un bateau pour se diriger vers l'Europe et plus précisément vers le bastion des droits de l'homme, la France. Une fois toutes les formalités de passages sont accomplies, Mourad s'était fait guider par un agent vers sa chambre. Il avait jeté un coup d'œil furtif et avait déposé ses bagages, sauf son cartable en cuir dans lequel il avait rangé soigneusement tous ses papiers et tous ses écrits personnels. Il s'était dirigé vers la terrasse du bateau pour jeter un dernier regard sur sa ville chérie. Tantôt, il essuyait ses larmes, tantôt avec un geste de sa main, il disait au revoir à son ami et à son frère qui étaient devant l'entrée du port en train d'attendre le départ du bateau pour s'assurer que tout allait bien. L'esprit de Mourad traversait les ruelles d'Alger pour revoir tous les meilleurs et mauvais moments passés. Il pensait à sa femme et  sa fille laissées dans un bain de larmes. En face de lui, deux grands immeubles flamboyants représentants le pouvoir législatif de son pays, le parlement et le sénat. Mourad se rappelait des grandes manifestations auxquelles il avait participé, les slogans scandés haut  et fort devant ces deux chambres tels " Pouvoir assassin", Bouteflika, Messadia voleurs de la trésorerie"…et des pierres lancées contres les manifestants par un groupe de jeunes manipulées par les forces de police dans le but de chasser les kabyles sous prétexte que ces manifestations asphyxient le commerce (le trabendo devenu légal) Pour Mourad ses jeunes se trompaient de cible; au lieu de s'attaquer au pouvoir qui les a réduit à faire de la vente à la sauvette après tant d'années d'études, ils s'attaquent aux manifestants venus dénoncer  la hogra et toutes les injustices du pouvoir. En ce moment, Mourad disait au fond de lui:"vous avez voulu chasser les kabyles de la capitale et les enfermer dans le ghetto, me voilà sur un bateau. Je vous cède mon espace, mais rassurez-vous que je serai toujours présent là où il le faut pour dénoncer la répression du régime."

 

 

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Publié dans refuge

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