le monologue de sans-papiers (suite)

Publié le par lydia

Les sans-papiers dans une boite de nuit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On espère qu’on ne vous a pas agacé avec ces histoires. Nous, en tous les cas, on les trouve plus croustillantes que les faits divers de TF1.

 

 

Maintenant, on va vous raconter l’histoire de Mohamed et son ami Sadek qui sont en train d’élaborer un plan pour rentrer dans une boite de nuit dans l’espoir d’y rencontrer des filles. Car pour avoir les papiers il faut se marier ; pour se marier, il faut d’abord connaître une fille et pour connaître une fille, il faut fréquenter les boites de nuit. Mais pour accéder aux boites de nuit… il faut être accompagné par une fille ! Voilà le cercle vicieux dans lequel Mohamed et Sadek se sont noyés. Selon l’un des sans-papiers qu’on avait interrogé sur le sujet des filles, on a apprit qu’avant, on peut trouver une fille dès le premier mois et pour faire ses papiers, il fallait attendre plusieurs mois, voir des années. Maintenant, au moment où c’est facile d’obtenir la carte de séjour une fois marié, on  passe des années pour trouver une fille. Voulant connaître les raisons de ce changement, on a demandé un éclaircissement à la même personne et voilà ce qu’il nous a déclaré : Maintenant, c’est plus difficile de trouver une fille en vue de mariage, car la structure familiale est de plus en plus banalisée. Maintenant beaucoup de filles aiment vivre avec des garçons sans aucun contrat, ce qui rend facile la séparation. Il y a des filles qui cherchent un homme avec qui elles auront un enfant ou deux et une fois leur but atteint, elles optent pour une vie réservée à leurs enfants et à des expériences gauche droite. Mais le problème le plus crucial dans cette histoire et qui touche beaucoup plus notre communauté est le fait de faire circuler la rumeur disant que les sans-papiers cherchent à se marier uniquement pour avoir des papiers, une information colportée un peu partout et qui est fausse. Notre communauté pointe toujours son doigt sur un sans-papiers qui divorce. Si deux résidents se marient et divorcent quelques mois après, cela passe inaperçu, les gens arrivent à dire : c’est dommage ! Ils ne s’entendent plus, ils ont bien fait de divorcer… Mais quand il s’agit d’un ex-sans-papiers  qui divorce, là c’est un scandale et en même temps cela devient un scoop à diffuser dans toutes les cités. Tout le monde dira : t’as vu, il s’est marié avec elle et une fois il a eu ses papiers, il l’a jeté à la porte, c’est minable. Je crois qu’un sondage dans ce domaine est plus que nécessaire pour faire éclater la vérité.

 

 

Revenons à Mohamed et Sadek que nous avons laissé noyés dans leurs réflexions pour voir s’ils ont réussi à s’en sortir. Après plusieurs nuits de longues réflexions, Sadek dit un jour à son camarade: Ca y est, j’ai trouvé un plan

 

 

-          c’est quoi ton plan ?

 

 

-          demain soir, nous allons renter dans une boite de nuit en se faisant passer pour des homos. Tu sais très bien qu’ici, ils sont reconnus et  respectés.

 

 

Le lendemain soir, Mohamed et Sadek se sont bien rasés, bien habillés et ils ont pris la direction d’une boite de nuit bien branchée à la Bastille. A leur arrivée devant la boite, un agent de sécurité s’était mis sur leur chemin pour leur barrer la route.

 

 

L’agent : Bonsoir Messieurs, Vous allez où comme ça ?

 

 

Mohamed : Bonsoir, je crois que c’est plus que clair.

 

 

L’agent : Si c’est clair pour vous, pour moi non. Vous savez très bien que pour renter dans la boite, il faut être accompagné par des filles. Je suis désolé, je ne peux pas vous laisser rentrer.

 

 

Mohamed : Je vous fais savoir que le courant ne passe pas entre nous et les filles. Nous sommes un couple reconnu par un PACS. Nous aussi, on a le droit de nous amuser n’est-ce pas ?

 

 

L’agent avait engagé une discussion avec son supérieur avec son talkie-walkie et quelques minutes plus tard, il a autorisé Mohamed et Sadek à rentrer dans la boite. Une fois à l’intérieur de la boite, Mohamed a dit à Sadek : Il a cru que nous sommes vraiment des Homos. Il ignore que chez nous on nous traite comme des Homo sapiens à chaque fois qu’on sort dans la rue pour réclamer nos droits.

 

 

Sadek : Ne perdons pas de temps. Passons aux choses sérieuses.

 

 

Mohamed et Sadek ont commencé à prendre une bière derrière une autre avant de rentrer dans la piste pour danser. En les voyant de loin, on dirait qu’ils sont en transe. Ils ont continué à boire et à danser jusqu’à l’aube sans atteindre le but qu’ils se sont fixés au départ. En sortant de la boite, Mohamed a dit à son ami : « Ainsi l’argent qu’on a gagné en noir est parti dans le noir. C’est un phénomène connu chez nous. »

 

 

-C’est dommage ! J’ai élaboré un plan juste pour renter. Je n’avais pas prévu ce qui va se passer à l’intérieur. La prochaine fois, j’y penserai.

 

 

-On doit rentrer à l’hôtel à pied. On n’a même pas laissé de quoi acheter des tickets de transport.

 

 

Sur le chemin du retour, Sadek a commencé à chanter à haute voix :

 

 

 

Au milieu de Paris 

 

 

Elle m’a laissé tombé

 

 

Elle m’a abandonné 

 

 

Le jour où elle a su 

 

 

Que je suis un sans-papiers.

 

 

Sans chercher à comprendre ma réalité

 

 

Sans chercher à cerner ma personnalité 

 

 

Et sans écouter ma véritable histoire.

 

 

Pour elle, ça y est 

 

 

Pour elle, je suis fini.

 

 

Avec l’arrivée de Sarkozy

 

 

J’ai beaucoup galéré 

 

 

J’ai dépensé énormément d’argent

 

pour revenir avec cette chanson

le jour où elle m'a vu à la télé

 

 

                                                                   Elle n’a pas hésité pour me rappeler 

 

 

Pour soi disant me féliciter.

 

 

Moi, de ma part, je l’ai remercié, en lui disant :

 

 

C’est grâce à toi 

 

 

Que je suis devenu ce que je suis aujourd’hui 

 

 

Mais,

 

 

Je t’en supplie, restes loin de moi 

 

 

Car si tu m’approches 

 

 

Je risque de rechuter 

 

 

Et cette fois-ci, je crains de ne plus remonter.

 

 

J’ai peur de redevenir ce simple sans-papier

 

 

Que t’avais abandonné au milieu de Paris.

 

Mohamed interrompt son ami Sadek en lui disant : tu n’arrêtes pas de fantasmer. Ca y est, tu te vois déjà chanteur, tu passes à la télé ? Laisses moi de remettre un peu à notre propre réalité. Alors il a commencé à crier sa rage à haute voix :

 

 

 

La première pluie de Paris 

 

 

M’a surpris à la porte des Lilas 

 

 

Où je cherchais un emploi.

 

 

Là où je rentre on me dit :

 

 

T’es un sans-papier 

 

 

Tu sais que c’est interdit.

 

 

Le seul qui m’a accepté 

 

 

M’a imposé des conditions draconiennes 

 

 

 Il m’a dit :

 

 

Tu travailles de 6H jusqu’à Minuit 

 

 

Samedi et dimanche sont compris 

 

 

T’as pas le droit à la Sécu 

 

 

Une fois malade t’es fichu.

 

 

On travaille en noir 

 

 

Pour un salaire de misère.

 

 

On dort sur les trottoirs 

 

 

Et dans les bouches du métro 

 

 

C’est la vie d’un sans-papiers 

 

 

Vivant, survivant à Paris.

 

 

En plus de ça 

 

 

On doit faire attention à nos pas 

 

 

Si on te demande « tu es d’où ?»

 

 

Tu réponds par merci 

 

 

Surtout, ne dis pas d’Algérie 

 

 

Car, il y a M.  Megret

 

 

En compagne contre les immigrés.

 

 

Si t’es Italien ou Portugais 

 

 

D’après lui, tu seras épargné.

 

 

 

 

Sadek, sans perdre une seconde avait enchaîné avec une nouvelle chanson avec des larmes aux yeux.

 

 

Je me demande comment

 

 

Voulez-vous que je réagisse autrement 

 

 

En étant dans une pareille situation ?

 

 

Je me suis trouvé tout seul

 

 

Dans un monde assez cruel

 

 

Où je naviguais dans tous les sens

 

 

Sans sentir aucune présence

 

 

A mes côtés

 

 

Une présence qui puisse m’aider

 

 

Du moins moralement

 

 

Au contraire !

 

 

Chaque jour que Dieu fait

 

 

Je reçois des appels

 

 

Des gens qui m’harcèlent

 

 

Croyant que je suis leur abeille

 

 

Survolant les roses des champs de Mars

 

 

A côté de la Tour Eiffel

 

 

Elles n’hésitent pas à me demander du miel.

 

 

Il faut que vous viviez ma situation

 

 

Pour saisir mon tempérament

 

 

Il faut que vous dégustiez

 

 

Un peu de ma vie de chien

 

 

Errant du matin au soir

 

 

Avec un minimum d’espoir

 

 

D’assurer mes lendemains

 

 

Qui sont toujours incertains

 

 

Ainsi peut être vous oserez me demander

 

 

un peu de mes chagrins.

 

 

Vivre à l’étranger

 

 

 Sans être reconnu

 

 

Ni comme immigré

 

 

Ni comme réfugié

 

 

C’est plonger dans un océan

 

 

Sans savoir quelle est la direction

 

 

Menant au port le plus proche.

 

 

Au lieu qu’on me lance

 

 

Une bouée ou au moins une petite branche

 

 

Qui me permettrais de souffler

 

 

Non !

 

 

Je vois à l’horizon des gens

 

 

Qui viennent pour m’enfoncer

 

 

 Avec leurs suggestions insensées

 

 

Si je n’avais pas laissé derrière moi

 

 

Une femme et trois filles

 

 

 J’arrêterai nettement mon temps

 

 

Je m’évaporerai 

 

 

Pour  disparaître à jamais.

 

 

Comment osez-vous appeler

 

 

Vous espérez être écoutés

 

 

Par celui qui vit à Paris

 

 

En qualité de sans-papiers ?

 

 

Par celui qui est parti

 

 

En laissant derrière lui

 

 

Trois bébés que vous ignorez

 

 

Et pourtant, ils sont à vos côtés ?

 

 

Pour ne pas vous causer de chagrin,

 

 

Je ne me suis jamais plains

 

 

Mais là, vous me forcez la main

 

 

Pour déboucher mon cœur

 

 

Vous avez réussi à briser la digue

 

 

Qui a tant empêché

 

 

Mes larmes de vous inonder

 

 

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Publié dans refuge

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