Algérie, Bouteflika Président
Ce livre qui n'a pas réussi à trouver le chemin des maisons d'édition a fini par retrouver celui de la toile
Rahim BOUAICH
Bouteflika président.
J’ai honte de ce pouvoir
A ma femme qui endure les souffrances de la vie loin de moi et qui a été privée de ma présence même lors son accouchement. Je lui rend un grand hommage pour son courage et sa patience et la remercie pour ses incessants encouragements qui m’ont donné le souffle et l’énergie nécessaires afin que puisse aboutir mon projet jusqu’à sa fin.
à ma fille aînée qui n’a toujours pas compris pourquoi son papa
est parti et à mes jumelles que je n’ai pas encore pris entre mes bras.
A toutes les victimes du régime dictatorial algérien.
Avertissement
Ce présent ouvrage a été réalisé durant l’année 2002, il ne tient donc pas compte des changements survenus plus tard sur la scène politique algérienne.
Introduction : Bouteflika président, quelle honte !
« Est ce que, dans une ruche, une abeille pense à prendre la place de la reine ? Non, parce que la reine incarne précisément celle qui doit y être. C’est la nature. Mais chez l’homme, le pire des imbéciles, encadré par quelques hommes en armes et soutenu financièrement, part prendre le pouvoir et se faire obéir. Car, malheureusement, la marque d’autorité n’existe pas chez les hommes comme chez les autres animaux sociaux. »
Lanza del Vasto
Depuis l’indépendance de l’Algérie, plusieurs présidents se sont succédé à la tête du pouvoir ; tous différents les uns des autres mais ont en commun d’être tous imposés au peuple. Abdelaziz Bouteflika n’en fait pas exception ; pire, en plus qu’il soit imposé par les militaires, il dépasse tous ses successeurs dans ses contradictions. Elu « hors-jeu », il s’est surtout distingué par ses longs discours et ses interventions continues à travers la presse internationale (dans ce domaine, l’année 1999/2000 était l’année de la tchatche politique) . Durant cette année-là, il a réalisé ce que le célèbre comédien algérien Mohamed Fellag n’a pu réaliser durant toute sa carrière. Les meilleurs blagueurs algérois l’ont d’ailleurs surnommé Cassandra, du nom d’une actrice d’un interminable feuilleton brésilien diffusé par la chaîne de télé algérienne entre 1997 et 1998. C’était un feuilleton qui avait marqué la nouvelle génération, comme ce fut le cas avec Dallas durant les années 8O.
Depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, la situation du pays a pris une trajectoire décroissante; c’est le gel total dans tous les domaines : politique, socio-économique, culturel, sportif… Le vrai et le faux s’entrechoquent pour mettre la population dans un embrouillage total : tantôt elle voit en Bouteflika un homme ouvert et laïc, tantôt elle ne le reconnaît plus dans ses affinités avec le clan des islamo-conservateurs. Toutes les cartes sont mélangées, aucun jeu n’est permis dans une telle situation. Le peuple est condamné à rester en marge et attendre un éclaircissement de l’environnement politique. Un jour, Bouteflika rend hommage aux juifs de Constantine et invite le célèbre chanteur Enrico Macias et un autre jour, il remplit d’éloges les islamistes et nomme Belkhadem, un islamiste reconnu, au poste de ministre des affaires étrangères ! A partir de ce simple exemple on peut déjà déceler le caractère confus de ce président.
L’occupation de la scène médiatique par Bouteflika grâce à ses interventions continues, ne laisse pas beaucoup de chances au peuple d’avoir le recul nécessaire pour déceler toutes les contradictions, et les dangers même, véhiculés dans ses discours, et tout cela grâce aussi à la bénédiction d’une certaine presse amnésique qui fait la pluie et le beau temps en Algérie. Cette même presse qui, ayant durant longtemps fait compagne à ce président, s’est lancé aujourd’hui dans une compagne « sans pitié » contre celui-ci, nous rappelant amèrement la compagne menée durant l’été 1998 contre le duo présidentiel Zeroual-Betchine.
Nous avons donc jugé utile de rassembler un minimum de ces déclarations dans un ouvrage pour permettre au lecteur de constater combien ce président a trop parlé pour ne rien dire et combien de déceptions a-t-il laissé sur son chemin. C’est ce président qui a fait beaucoup dans la gesticulation et qui a surtout exacerbé la crise en Algérie, la mettant au bord de la dérive, que nous allons tenter de cerner dans cette modeste contribution.
Cet homme s’est auto-proclamé « l’homme de la paix » et il n’arrêtait pas de le répéter dans ses discours durant la campagne électorale et après avoir atteint le fauteuil présidentiel. Pour réaliser cette paix, il a cru - ou bien on lui a fait croire - qu’il suffirait de couvrir politiquement et juridiquement l’accord secret signé entre une branche de l’armée nationale (ANP) et l’armée islamique du salut (AIS) de Madani Mezreg en 1997. Pour rappel, c’est ce même accord qui a conduit les décideurs à pousser l’ancien président Zeroual à gagner la porte après avoir refusé de le reconnaître.
Alors pour faire avaler au peuple cet accord secret conclu sur son dos, on a préparé un projet de lois portant le nom de concorde civile. Le moment idéal a été bien choisi pour le soumettre au vote du peuple ; en ce moment-là, le peuple a été tellement épuisé par la situation sécuritaire des plus alarmantes qu’il était réduit à choisir de mourir par balles ou par arme blanche. C’est ce qui explique le vote massif lors du référendum-piège du 16 septembre 1999, la population ne pouvant répondre par la négative à la question de savoir si elle voulait ou non la paix. Piège, parce que Bouteflika , le « mal élu », a profité de cette situation et prit les résultats de ce vote comme un plébiscite pour sa politique faisant oublier ainsi sa défaite aux présidentielles.
Bouteflika candidat aux présidentielles de 1999 :
Le 19 décembre 1998, les dirigeants de l’ancien parti unique, le FLN, ont rencontré Bouteflika pour lui annoncer leur décision prise par le comité central de leur parti qui consiste à cautionner sa candidature aux élections présidentielles d’avril 1999. Selon le communiqué de cette formation politique, une liberté totale de proposition d’un programme politique est accordée à Bouteflika, un programme « qui aura pour but, avant tout, de rassembler tous les algériens au-delà de toute appartenance ou sensibilité politique, sans exclusive ou marginalisation et ce, dans le strict respect de la constitution et des lois de la République » Ce jour-là, M. Bouteflika « absent du pouvoir depuis vingt et un ans, après dix ans d’exile passé entre Genève et les Emirats du Golf, l’amateur de gros cigares et de jolies femmes » avait annoncé «son intention » de se présenter comme candidat indépendant à cette compétition électorale. Depuis cette date, le sort du pays est scellé pour cinq ans de plus.
III- El watan est le quotidien qui a publié le rapport des généraux qui ont auditionné Beloucif en 1987, document classé « secret défense ». Selon l’ex-chef du gouvernement, M. Belaid Abdesselam, dans une interview accordée au quotidien l’Authentique (11-10-2001), « Ce journal (EL Watan, NdA) appartenait à un groupe du ministère de la Défense. » Et toujours selon lui, parmi les personnes qui sont derrière ce journal, on y trouve le général Touati.
Sur la une du quotidien Le matin du 9/10 avril 1999, on pouvait lire : « Bouteflika gouvernera avec Nahnah ». En bas de ce titre on a écrit « Quatre partis ont signé jeudi un pacte de coalition autour de Bouteflika. Le MSP, le RND, le FLN et NAHDA seront les partis du prochain gouvernement si Bouteflika est élu. » Une information donnée au futur mais, qui est bien fondée. Le seul parti oublié dans cette liste est le RCD qui avait prôné le boycott qui est une position favorable pour le candidat-président.
Dans un numéro du Courrier International, dans l’article intitulé «Algérie : une élection sincère que prévue » sous la plume de Alexandre Adier, on pouvait lire : « leur (parlant des généraux algériens) choix s’est donc arrêté sur un candidat civil qui rétablisse l’autorité perdu du FLN, mais, cette fois-ci, instruits par l’erreur commise avec Mohamed Boudiaf en 1992, ils ont choisi un candidat affaibli, un peu discrédité, tout en étant suffisamment arabisant et ambigu en matière religieuse pour ne pas couper les ponts avec l’aile politique de l’islamisme militant. Ils pensent avoir trouvé l’oiseau rare avec Abdelaziz Bouteflika, ancien numéro deux de Boumediene, voyou tiers-mondiste des années 7O rattrapé par la froidure des ans, la connaissance de l’Emir Zayed d’Abou Dhabi, et la lâcheté bien particulière d’un certain personnel dirigeant du FLN qui avait appelé de ses vœux au pire moment une collaboration avec les islamistes, que l’on croyait triomphants. Bouteflika répondait à toutes les exigences du cahier des charges sauf une, la popularité : l’oiseau rare est déplumé. N’importe, le numéro deux de la sécurité militaire, le général Smail Lamari(à ne pas confondre avec son homonyme et à présent adversaire le chef d’Etat-major Mohamed Lamari), décide de mettre son autorité et ses moyens au service du triomphe du valétudinaire (et marocain) Bouteflika, provoquant par la même le ressentiment de son chef, le général Mediène, et de quelques autres grands responsables, qui n’ont plus alors pour ressources que d’assurer une élection la plus ouverte et sans doute la plus sincère possible(avec un bourrage des urnes sans doute plafonné à 2 millions de votes sur 18 millions d’inscrits). » L’auteur a conclu son article par : « Mais, dans cette Algérie révolutionnaire, brûlante et avide de justice, qui peut savoir jusqu’où ira la subversion des bonnes règles de l’autoritarisme populiste arabe ? La réponse à cette question est connue depuis le 15 avril 1999.
Dans le nouvel Observateur, sous la plume de Jean-Paul Mari, dans son article intitulé « Le bout du tunnel ? », on pouvait lire : «En réalité, il n’y a que deux chemins possibles. Et deux résultats. Le premier, archaïque, aboutit dès le premier tour à la victoire « éclatante » du candidat-président Bouteflika. Une telle élection, mathématiquement impossible dans l’équation électorale algérienne, signerait la fraude. Elle démontrerait que le pouvoir persiste, sous le regard de la communauté internationale, à vouloir réduire la crise plutôt que de la dénouer. C’est la pérennité dans l’immobilité. Et l’on ne peut pas exclure qu’elle porte en germe une explosion populaire. L’autre chemin passe par la vérité des urnes. » Malheureusement, comme tout le monde l’a constaté, le pouvoir algérien continue de gérer le pays sur la même trajectoire ; celle de la fraude et du non respect de la voix du peuple. Sous le regard de la communauté internationale ou sous le regard des extraterrestres la mafia ou comme le qualifieraient certains spécialistes, le cabinet noir a juré de ne jamais laisser le pouvoir à d’autres personnes qui ne sortent pas de leur moule. D’ailleurs, à mon avis, il est temps que le peuple revoit sa pensée sur ce qu’on appelle la communauté internationale, vue que cette dernière ne s’intéresse qu’au sous sol algérien.
Bouteflika président selon lui-même :
Généralement tous les candidats aux élections quelque soit leur niveau, tentent de gagner la presse à travers laquelle ils peuvent faire la promotion de leurs programmes d’action. Mais Bouteflika qui était candidat-président n’a pas tenu à cette règle. Au milieu de sa campagne électorale, il a accusé les journalistes de « pipelettes de hammam », ce qui renseigne sur son assurance de gagner avec ou sans la presse.
Dans ses discours de campagne électorale, il nous a donné tous les signes possibles qui montrent qu’il est déjà président. De Béchar, parlant à une assistance de jeunes, il leur a assené : « Si vous voulez vendre l’Algérie aux américains, je vous informe que ces derniers sont de bons acheteurs. Mais réveillez-vous donc. Je vais régler le problème du service national, mais je vous donnerai en même temps des pelles et, si vous ne travaillez pas, Nwari l’koum Zenbaâ win yetbaâ » Une façon de nous montrer qu’il a toujours la tête fixée sur le barrage vert et la révolution agraire.
Bouteflika à la salle Harcha, le dimanche 11 avril 1999 :
En présence de Madame Flici, Nouredine Morceli…
« Alger la blanche redeviendra blanche », c’est avec cette phrase que Bouteflika a entamé son meeting. Pour ramener le silence dans la salle, le candidat-président a lancé pour les présents : « Si vous voulez sortir le pays de la crise, commencez par vous taire. » C’est une simple phrase mais qui est dors et déjà un signe de la façon avec laquelle il compte gérer le pays. Une fois son discours entamé, il a lancé à l’assisstance « la réconciliation, c’est la véritable démocratie. » Cette réconciliation « est interprété de manière différente, mais pour moi elle ne veut pas dire adopter les positions du parti dissous. »
Ce slogan n’est pas le mien. J’ai beau souhaité qu’il soit le mien, mais vue que je suis une personne qui donne à toute chose sa valeur méritée, je ne peux pas dire que mon pays est fort est digne. C’est slogan qui pourra se concrétiser uniquement le jour où on aura un pouvoir issu du peuple. Pour revenir à ce slogan élaboré par une équipe spécialisée dans le marketing politique, je dirai à cette dernière qu’elle a réellement réussi à trouver des mots pour jouer avec les sentiments du peuple, car « l’Algérie forte et digne » est le souhait de toute personne ayant le sang algérien. Mais, je dirai aussi à cette équipe que la façon avec laquelle elle a désigné Bouteflika au poste de président de la République met le pays dans une situation d’indignité et de faiblesse.
De quelle « Algérie forte et digne » on nous parle ?
De l’Algérie où on a violé une patiente dans un hôpital de Saida ( lire Radar Liberté du 16-06-1999) ?
L’Algérie où on dérobe la part de foie envoyée par un mari à sa femme qui venait d’accoucher dans un hôpital à Bejaia?
L’Algérie où, chaque jour, on découvre sur nos rue de nouveaux visages, tout âge confondu, en train de tendre la main pour manger un morceau de pain ?
L’Algérie où, chaque fois qu’on doit organiser un séminaire ou un colloque international, on se met à retaper les routes et à repeindre les murs pour faire croire aux visiteurs que l’Algérie est toujours blanche ?
L’Algérie qui a battu l’Allemagne en 1982 ou l’Algérie qui attend le dernier match pour assurer sa qualification en phase finale de la coupe d’Afrique de football, ?
L’Algérie doté d’un ministre de la santé qui déclarait qu’il n’était pas au courant que l’éclipse du 11 août 1999 touchera notre pays ?
L’Algérie d’ Air Algérie qui offre des voyages debout à ses passagers ?
L’Algérie qui a poussé des milliers de jeunes à fuir le pays pour se retrouver dans des situations les plus dramatiques dans les pays étrangers. Selon la déclaration de Madame Colucci, veuve de Coluche ,créateur des restos du cœur en France, dans une interview qu ‘elle a accordé pour le quotidien « le matin » du 22 mars 2002 : « Les Algériens sont de plus en plus nombreux à venir chez nous prendre leurs repas, et nous ne pouvons leur refuser ce minimum .Mais nous sommes confrontés à des afflux migratoires qui touchent plusieurs nationalités, dont les Tchétchènes, Roumains, avec une majorité de Maghrébins et d’Algériens en particulier. Depuis plusieurs mois, nous assistons à des afflux importants d’Algériens, majoritairement originaire de Kabylie. Démunis de tous moyens, ils se retrouvent en France sans certificat de résidence, sans travail, et n’ont pas d’autre domaine que la rue. ». Peut-on dire que ces jeunes qui supportent toutes les misères du monde en étant en France ou ailleurs ont fuient le manque de travail… A mon avis, il n’y a que la férocité du régime et l’absence totale d’espoir de se voir un jour libre qui pourront pousser ces jeunes à accepter les restos du cœur.
Dans « l’Algérie forte et digne », on y trouve Dieu, Bouteflika et Hassan Hattab. En mettant ces trois sur la même ligne, on donne l’impression qu’on va plonger dans un écrit blasphématoire. Loin de là, notre but se limite à dire les trois grands acteurs en Algérie.
En première position, on est sûr qu’il y a Dieu qui s’occupe des affaires climatiques, de la mort naturel … en un mot de tous les phénomènes naturels.
En deuxième position, on a du doute sur la position de Bouteflika et Hattab. On ne sait pas lequel, parmi eux placer en deuxième et en troisième position. Ce qu’on sait c’est que Bouteflika est là pour s’occuper de tout et de rien en même temps. Il s’occupe de tout, vu qu’il est ministre de la défense, rédacteur en chef de l’APS, patron de la télévision…Il s’occupe de rien, car depuis son intronisation au poste de président, il n’a rien changé pour le peuple, si ce n’est conduire le pays de mal en pis. On sait aussi qu’il y a Hassan Hattab. Ce dernier change de position selon le nombre de massacres. Son métier consiste à réduire la population afin de lutter contre l’évolution démographique. Enfin en dernière position, on y trouve le néant ; un ensemble vide, virtuel, qu’on nomme le peuple. Voilà donc les acteurs principaux qui dirigent notre pays. Mais, vu le déroulement des événements dans notre pays, on se demande est ce s’il n’y a pas d’autres acteurs plus forts que le bon Dieu ? Selon Hichem Aboud, il y’en a .
Bouteflika et la Kabylie durant sa campagne présidentielle :