Bouteflika Président (suite 4)
Bouteflika et la presse algérienne
Dans sa politique qui vise à « redorer le blason national », Bouteflika a ouvert les portes fermées, durant des années, aux ONG internationales. Le résultat est qu’à chaque fois qu’une ONG vienne, elle repart avec un rapport qui donne une gifle froide au président. Parmi les ONG invitées par Bouteflika, on y trouve reporter sans frontière (RSF) qui a séjourné en Algérie du 24 au 30 juin 2000. Cette ONG a estimé dans un communiqué transmit à la presse intitulé « Cinq journalistes toujours « disparus » » que « la majorité des affaires concernant les assassinats de journalistes (57 entre 1993 et 1996) et les cinq cas « disparus », restent impunis » avant d’ajouter que « si la quasi-totalité des journalistes tués l’ont été par des groupes islamistes, pour certains de ses assassinats, on ne peut s’interroger sur l’identité des meurtriers » ce qui l’a emmené à recommander aux autorités algériennes « d’ouvrir des enquêtes sérieuses sur les assassinats et les « disparitions » de journalistes afin que l’impunité ne soit pas la règle. » Par rapport à la censure dans la presse, RSF, a constaté que « les pouvoir publics tentent de contrôler économiquement et de surveiller légalement cette ouverture » avant d’ajouter que « si la censure a changé de visage, elle n’en existe pas moins. Elle a tout simplement d’autres noms : monopole de l’Etat sur l’audiovisuel, contrôle des imprimeries, harcèlement judiciaire, chantage à la publicité, etc. »
RSF n’a pas tiré ses conclusion du vide mais, de la réalité algérienne. Bouteflika qui n’avait pas hésité, durant sa campagne électorale à traiter les journalistes de « teyabat el hammam » (les pipelettes des bains maures) , n’a pas tardé à redonner du souffle au monopole de l’Anep sur la publicité. Le 8 mars 2000, on a mis fin au holding services pour créer le groupe de presse public mis sous la tutelle du ministre de la communication et de la culture de l’époque, M. Tebboune ou le Docteur Tebboune, comme il préfère lui-même être appelé. Ce dernier avait justifié cette création ainsi : « Les organes de presse publique doivent s’adapter aux exigences du marché, surtout que nous sommes à la veille de l’adhésion de l’Algérie à l’organisation mondiale du commerce (OMC), se moderniser et se libérer des pesanteurs bureaucratiques pour être concurrentiels. ». Dans d’autres domaines économiques, on brade des entreprises sous prétexte qu’elles ne sont plus en mesure de payer leurs dettes …Mais dans le domaine de la presse, un domaine sensible, le pouvoir a décidé de renforcer des journaux qui n’ont plus de droit de cité auprès des lecteurs.
Cette nouvelle trouvaille du pouvoir a suscité évidemment les réactions directeurs de quotidiens indépendants, parmi lesquels on peut citer (le matin du 29-03-2000)
M. Fouad Boughanem, directeur de publication du Soir d’Algérie qui a déclaré : « C’est le retour à la circulaire de Belaid Abdesselam. »
M.Ahmed Ancer, rédacteur en chef d’El watan trouve que ce projet n’est qu’une énième pièce de la chaîne de contrôle utilisée par les pouvoirs publics, en particulier pour ce qui est du volet imprimerie, avant d’ajouter « Les imprimeries d’Etat doivent faire les bilans financiers d’El Moudjahid et d’Echaâb qui sont presque inexistants. »
M.Outoudert Abrous, directeur de publication de Liberté , considère que « cela n’est pas une nouveauté. Cela existait sous une forme moins apparente avec le holding services qui gérait les intérêts de la presse publique en l’inondant de la manne ANEP avec en aval des facilités au niveau des sociétés d’impression. Aujourd’hui, le jeu se déroule en plein jour c’est tant mieux. »
Toutes les occasions offertes au président sont bonnes pour s’attaquer à la presse. Exemples :
Le jour de la clôture du 15e festival mondial de la jeunesse et de l’étudiant, Bouteflika a déclaré aux participants : « je ne serai pas dans l’erreur pour vous dire que vous avez constaté la réalité de vos propres yeux. Il est donc inutile de se référer à la presse qui vise, à dessein à porter atteinte à la réputation des peuples et à la stabilité des pays. » avant d’ajouter : « le terrorisme peut se pratiquer à l’arme blanche comme il peut se pratiquer par la plume et, quelle que soit sa nature, la réconciliation nationale requiert un dialogue civilisé et la reconnaissance de l’autre quels que soient ses points de vue. »(le Matin du 17/18 août 2001) Voici comment le pouvoir algérien montre à un groupe de poissons mis dans un aquarium dont toutes les conditions de vie sont garanties, le climat qui règne à l’extérieur.
Après les critiques faites à la presse, le 16 mai 2001 est venu pour mettre celle-ci sous les verrous en adoptant le projet d’amendement du code pénal à l’Assemblée nationale par la majorité FLN-RND.
Bouteflika et les droits des femmes :
A Tebessa, durant sa campagne pour les présidentielles de 1999, et devant un auditoir quasi masculin, il a dit : « La loi prévoit l’égalité des femmes et des hommes ». Quelques mois plus tard, en tant que président de la République , lors de l’inauguration du forum des femmes africaines pour la paix organisé à Alger, le 7 novembre 1999, Bouteflika a déclaré : « Les hommes sont faits pour la guerre et les femmes sont faites pour la paix. » Mais, le 8 mars 2000, profitant d’une tribune qui lui a été offerte par les femmes à l’hôtel l’Aurassi, le président a commencé à montrer sa véritable conception des choses. Ce jour-là, il a demandé aux femmes de « ne pas réveiller les démons en exigeant l’abrogation du code de la famille ». Pour lui, l’injustice que subit la femme algérienne est dûe aux conditions économiques du pays. Pour mieux voir le changement radical du président par rapport aux droits des femmes, on a sélectionné pour vous les propos de madame Leila Aslaoui tenus dans un entretien avec Rachid Mokhtari, journaliste du quotidien Le Matin du 18-03-2000. Madame Aslaoui nous raconte sur Bouteflika : « Les mentalités ne sont pas prêtes, avait-il dit, à accepter vos revendications. (…) A l’adresse de la rédactrice en chef de l’APS qui s’était présenté à ce titre, il a rétorqué « vous êtes à l’APS, mais je suis le rédacteur » (…) A une autre dont je ne voudrais pas citer le nom, il l’a ainsi apostrophé : « Toujours mauvais caractère ? » ce à quoi elle a répondu : « j’ai un sale caractère mais j’ai du caractère » Se tournant vers moi, il a eu ce propos : « Madame, je ne vous lis plus mais j’adore les gens qui critiquent » Je suis fort aise, lui avais-je répondu. Je préfère rester une personne qui critique que faire partie des larbins qui vous entourent ». Madame Aslaoui ajoute dans cet entretien qu’ « après la loi sur la concorde civile, à l’initiative de l’association « Rachda », celle-ci a invité le président. Nous nous étions dit qu’il pourrait apporter une contribution à notre combat. Il avait déclaré en arrivant qu’il était venu à titre citoyen, qu’il ne s’engage donc pas dans notre perspective de combat contre le terrorisme islamiste. » Bouteflika, s’est présenté à titre de simple citoyen sur le plan d’engagement, mais à titre de président, voire d’un roi sur le plan comportemental. Bouteflika a récidivé une autre fois, et cette fois-ci il est allé plus loin. A partir de Batna (le 11-01-2001), il a appelé les femmes en leur disant : « Ne provoquer pas les repentis et cesser de fumer dans la rue. » Il leur a demandé de « céder un peu. » sur leur libertés individuelles pour ne pas « heurter la sensibilité des repentis. » et de ne plus les narguer « en bombant le torse » Indirectement le président demande aux femmes de porter le hidjab et réhabiliter les conditions auxquelles, les femmes étaient exposées, durant les années chaude des frères musulmans et du terrorisme.
Bouteflika craint le réveil des démons par les cris de femmes. Lui-même a réveillé certains, mais comme on l’a vu plus haut pour les faire replonger dans leur sommeil, il suffit de changer de veste et de direction comme il l’a fait avec Enrico Macias. Parmi ces démons, on peut citer le président de la commission des relations extérieures du parlement, M. Abdelkader Hadjar. Ce dernier, six mois après l’intronisation de Bouteflika au poste du président, lui a envoyé une lettre dans laquelle il lui fait part de son influence sur la scène nationale avant d’insinuer qu’il a des relations au sein de la hiérarchie militaire. Une façon de se donner de l’importance et du poids pour la lettre. Dans cette fameuse lettre, M. Hadjar déclare avec un ton menaçant : « ma personnalité bienveillante peut devenir agressive et même impulsive. » s’il se trouve « victime d’une injustice. » Parmi ces injustices, on y trouve l’utilisation de la langue française par le président de la République dans ses discours. A ce sujet, M. Hadjar écrit : « Il est strictement interdit , à tout responsable et à tous les niveaux, de s’adresser à son peuple dans une autre langue que la langue officielle. »[ entendre par là l’arabe]
Bouteflika s’attaque à la justice :
Le jeudi 25 août 1999, Bouteflika a pris part à l’ouverture de la session ordinaire du Conseil supérieur de la magistrature. C’est le début et c’est le temps de donner une image d’un président qui va rétablir la justice dans le pays. D’emblée, il a déclaré : « (…)la concorde civile induit nécessairement, pour son rétablissement, la restauration de l’autorité de l’Etat. Restauration qui passe avant tout par la réaffirmation et la consolidation du rôle qu’une justice, réellement en prise avec la société, est appelée à tenir au sein des institutions. Nous savons que la première image qu’un Etat moderne renvoie de lui-même à l’étranger est celle de la place, du rôle et de la qualité de sa justice. », « la défaillance de la justice est toujours ressentie par la société plus sensiblement que celle qui affecte d’autres administrations, car la justice est le dernier refuge, l’ultime rempart avant le désespoir », Plus loin, il a ajouté concernant l’indépendance de la justice : « A focaliser sur les protections contre les interférences des autres sphères du pouvoir, on en est venu à oublier que les pressions les plus dangereuses pour la justice viennent aussi des faiblesses personnelles du juge et son (et) de son environnement. ». Au sujet des cadres incarcérés, Bouteflika avait donné, auparavant, l’ordre de les libérer, mais sans résultat, alors il a profité de cette occasion pour dire : « Se donner bonne conscience et interprétant la loi dans le sens de légaliser une situation de détention abusive ne sert pas la justice. Lorsque le président de la République , investi par le suffrage universel, il est l’ incarnation de l’Etat, dépositaire à ce titre de toute l’autorité, y compris celle de la justice, lance publiquement un appel solennel aux magistrats, pour le respect des principes constitutionnels, afin que les détentions préventives dépassant les seize mois cessent légalement, lorsque cet appel, dis-je, n’est pas suivi d’une réaction significative, la justice ne fait pas là montre d’indépendance, mais cela rappelle simplement à la société qu’il y a problème dans la matière dont est exercé le pouvoir de rendre la justice, octroyé par le peuple. » En conclusion, pour remédier à cette situation, il a proposé une réforme profonde et radicale à travers la mise en place d’une commission nationale de réforme de la justice. Effectivement, il y a un problème. Cette non application de l’ordre du président montre que ce dernier n’a pas de pouvoir, car ceux qui ont mis la pression sur les magistrats savent très bien que Bouteflika n’est pas issu d’un crédible suffrage universel. Il a fallu attendre huit mois pour qu’il nomme son chef du gouvernement et comme par hasard, l’homme qui était derrière l’incarcération de ces cadres est placé au poste du ministre de la justice avec la mention ministre d’Etat.
Quand Bouteflika caresse Nahnah et s’attaque à Ait Ahmed :
Dans une lettre adressée par Boutelika à Nahnah, rapportée par Le jeune indépendant du 5 juin 2000, le président écrit qu’il fait partie de « ceux qui éprouvent de la fierté pour votre amitié dans la défense des intérêts de notre patrie sacrée (…) avec nos convergences et nos divergences sur les détails (…) nous restons néanmoins fidèles à notre amour de la partie et attachés à la préservation des intérêts supérieurs du pays et à la défense de l’image de l’Algérie, la dignité de ses enfants à l’étranger plus qu’à l’intérieur ». Dans la même lettre, Bouteflika écrit qu’il est pour « la confrontation des idées et des points de vues à l’intérieur de notre chère patrie et au sein de notre peuple authentique». Façon de laver le linge sale à la maison. En outre, il affirme détester les gens qui, à l’extérieur, prennent la parole pour nuire à l’image du pays. Par ces propos, Bouteflika visait évidemment Ait Ahmed qui, de son exil Suisse, n’a jamais oublié sa patrie durant les années noires qu’a traversé et traverse encore le pays, celui qui a fait évoluer les principes de la démocratie dans le pays…
Ainsi, Bouteflika a montré ses accointances avec Nahnah, celui qu’on a écarté de la course aux présidentielles de 1999, faute d’attestation confirmant sa participation à la guerre de libération nationale et celui qui jadis sciait les poteaux électriques au sein du groupe terroriste de Bouyali. Le président critique ceux qui prennent la parole pour critiquer la politique du pouvoir, ceux qui accusent certains généraux d’être derrière le terrorisme. A-t-il oublié que c’est à partir de la Suisse qu’il a, lui-même, qualifié l’arrêt du processus électoral de 1992 de premier coup de violence ? Pourra-t-il nier que c’est à partir de médias étrangers qu’il s’est attaqué au gouverneur d’Alger, et que c’est à partir du parlement tunisien qu’il a condamné et fustigé les journalistes algériens qui se sont rendus en Israël ?
Par ces attaques gratuites à l’encontre d’Ait Ahmed, Bouteflika a ouvert la porte à tous les dérapages. C’est ainsi que certains opportunistes sont allés jusqu’à demander à ce que Ait Ahmed soit déchu de sa nationalité algérienne.
Commissions de Bouteflika :
Bouteflika « s’attaque » à l’administration :
Comité de la réforme des structures et des missions de l’Etat (CRSME)
Le 25 novembre 2000, le président de la République , Bouteflika a lancé ce message aux 1400000 agents de la fonction publique(chiffre annoncé par le ministre des finances, M.Abelatif Benachenhou, quelques jours avant) : « Est-il entendu, une bonne fois pour toute, que la logique des résultats et de la productivité soit une notion qui doit être totalement exclu de la fonction publique algérienne ? Doit-on définitivement se résigner à ce que la lourdeur d’un statut général de la Fonction publique continue de garantir la médiocrité et de paralyser des pans entiers de services publics ? Faut-il rappeler, à cet égard, que les garanties accordées aux fonctionnaires ont été instituées dans l’intérêt général pour permettre aux agents de l’Etat d’accomplir dignement leur mission de service public et non pour octroyer des privilèges qu’aucun citoyen ne doit disposer dans ce pays. » Pour faire de l’ordre au sein de cette fonction, Bouteflika a crée le comité de la réforme des structures et des missions de l’Etat, un comité composé de 67 cadres de sexe masculin et 3 cadres de sexe féminin, sous la présidence de Missoum Sbih, docteur d’état en droit, connu pour ses fonctions supérieures occupées au sein de l’Etat. Bouteflika a donné un délai de neuf mois à ce comité pour élaborer son rapport final. La tâche conférée à ce comité consiste à faire: « la redéfinition des missions et des structures de l’Etat à tous les niveaux, leur articulation avec les établissements et entreprises publics. La mise en place des mécanismes de coordination, de régulation et de contrôle tant au niveau central que local ainsi que la refonte corrélative de l’ensemble des statuts des agents de l’Etat quels que soient la nature et le niveau de leurs responsabilités. », en un mot, on peut dire que si réellement ce comité oserait toucher profondément à ce secteur et si l’Etat procède à la mise en action des résultas, la crise algérienne serait réglée à 80% pour ne pas dire à 90%. Mais quand on sait qu’en ce moment (2002), rien n’a changé au niveau de la fonction publique et que les algériens continuent à subir tous les aléas de l’administration… on se demande est ce que Bouteflika n’a pas engagé ce comité pour utiliser ses résultats dans sa prochaine campagne électorale ?
Commission de réforme du système éducatif :
Parmi les grands dossiers choisis par Bouteflika pour séduire le monde occidental, on y trouve l’éducation nationale. Le président a crée une commission composée d’un mélange de personnalités à pensées différentes. Une fois les membres de cette commission ont terminé leur travail et avant même de remettre le rapport final au président de la république, les islamistes se sont élevés pour montrer leur désaccord avec les réformes proposées. Parmi ces réactions, on trouve celle de Bouguerra Soltani du MSP qui a déclaré, à partir de la salle Ibn Khaldoun d’Alger « A ceux qui veulent faire pression sur l’Islam, nous disons : attention ! attention ! attention ! la pression entraînera l’explosion. Et ceux qui veulent maintenir la langue arabe dans les foyers, ceux-là jouent contre eux-même et contre le peuple. » Cela ne nous a pas étonné. Mais, ce qui nous a laissé perplexe c’est la position du président lui-même. Le 04 juillet 2000, lors de son discours prononcé à l’école nationale d’administration ENA à l’occasion de la sortie de la 33e promotion de l’école, il a déclaré que les conclusions de la commission nationale de la réforme du système éducatif seront « le moment venu, soumises à un débat national qui pourra alors s’engager en connaissance de cause, sur une question qui intéresse légitimement l’ensemble de la société. » Puis, c’est au tour de M.Abdelkader Tebboune, secrétaire général du ministère de l’Education nationale, d’emboîter le pas au président et ce une année après, soit le 21 août 2001, en déclarant que la réforme du système éducatif « n’est pas à l’ordre du jour » . Trois ans plus tard, le moment n’est pas encore venu ? Combien de diplômés dépréciés a-t-on formé durant ces trois années ? Nos questions ne s’arrêteront pas sur ce point, mais elles nous emmènent vers d’autres domaines, comme les réformes de la justice et des institutions de l’Etat. M. Le président trouve-t-il que ces domaines n’intéressent pas légitimement l’ensemble de la société, ce qui l’a empêché de les soumettre à un débat national ? En outre, en connaissant, le nombre d’analphabètes au niveau national, peut-on soumettre l’avenir de nos enfants à un débat national ? ou faut-il laisser les spécialistes en décider ? La question reste posée et la réponse connue jusqu’à preuve du contraire. La réponse est simple. Le président s’est plié en deux devant la force des islamistes comme dans l’affaire d’Enrico Macias et autres.
Bouteflika et les événements de Kabylie
Durant un mois de répression féroce, Bouteflika était plongé dans un silence inquiétant Il a fallu attendre le 27 mai 2001 pour l’entendre, à partir d’une tribune de l’hôtel l’Aurassi dire : « Si je n’avais pas senti et pris conscience de la gravité de la situation, je ne serai pas ici en train de discourir. ». Il n’a pas raté cette occasion pour dénoncer « les commerçants de sang », comme il a promis qu’une fois le rapport de la commission d’enquête sera établi, « tous les responsables directs ou indirects seront jugés ».
Durant les événements qui ont ensanglanté la Kabylie , Bouteflika a préféré la chaleur du Sud du pays à la chaleur des émeutes dans le nord. Le 06 juin 2001, il a entamé sa série de visites dans le grand sud en commençant par Laghouat. Avec une bagatelle de 20 milliards de Dinars, Bouteflika comptait développer 13 wilayas. A partir de cette ville, il a déclaré au sujet des événements de Kabylie, sachant que cette région a refusé une session spéciale régionale pour les examens du baccalauréat : « La jeunesse Kabyle a magistralement su déjoué un complot ourdi outre-mer, en donnant une leçon d’unité nationale. »
Parmi les victimes de la répression durant les événements de Kabylie, on a rencontré un jeune Kabyle qui, selon lui a l’habitude d’écrire des chroniques pour les mettre en suite dans un tiroir. En lui demandant de nous les faire lire, notre attention a été attirée par cette chronique qu’on vous livre dans son intégralité :
Avis de recrutement
Dans le cadre de la relance du plan de la répression, le bureau de gestion et de la planification de la répression lance cet avis de recrutement pour tous les jeunes algériens. Ceux qui sont sans espoir et vivant dans la misère absolue depuis cinq ans au minimum. Notre bureau vous offrira un poste d’emploi et un salaire très intéressant qui sera proportionné par rapport à la force de frappe. Un métier d’avenir qui vous permettra de vomir sur un peuple toutes vos frustrations et la haine que vous avez accumulée durant votre période de désespoir. Pour ce qui est des conditions de recrutement, notre bureau, et après une longue recherche dans les annales de la répression, les a fixée à trois :
- Tous les jeunes qui mesurent plus de 1.80m et pèsent plus de 80 kg.
- Tous ceux qui ont une pierre à la place du cœur.
- Tous ceux qui sont dotés d’un cerveau capable d’appliquer toutes nos instructions sans la moindre réflexion.
Les jeunes intéressés par cet avis, doivent envoyer leur demande accompagnée d’un cv à l’adresse suivante : Bureau de gestion et de planification de la répression (BGPR) sis sur les hauteurs d’Alger.
N.B : le dernier délai est fixé pour la veille d’une nouvelle marche qui sera programmée à Alger et qui aura un mot d’ordre hostile à notre politique.
Avis au peuple
Si tu fait partie de ce peuple qui revendique ses droits, la liberté d’expression, le respect des libertés individuelles, le respect des droits de l’homme…nous te conseillons de bien relire notre avis de recrutement et rester chez toi à chaque fois qu’il y a un appel à la marche au niveau de la capitale. D’une part, tu veilleras sur tes enfants et d’autre part, une prime de docilité sera versée à ton compte à chaque fois que tu fourniras la preuve de ton absence lors de ce genre de marches qui sont nuisibles pour ta santé. Dans le cas contraire, nous déclinons toute responsabilité devant ce qui pourra t’arriver le jour où tu te retrouveras en face de nos éléments de sécurité fraîchement recrutés. B.R. Alger, le 14.03.2002.
Les visites de Bouteflika pendant ces événements
Bouteflika à Tamenrasset le mardi 19 juin 2001 (l’Authentique du 21-06-01)
« Je lis dans quelques journaux des « conseils » prônant mon départ, comme si j’étais un fonctionnaire chez eux, feignant d’oublier que je suis élu par le peuple. Et ceux qui en doute, le vote sur la concorde civile est la meilleure réponse. Qu’ils sachent que je ne suis pas de ceux qui abandonnent leur navire en plein orage. » Enfin, le président lui-même nous confirme par sa propre bouche que le référendum du 16 septembre 1999, portant sur la concorde civile n’est qu’un plébiscite pour effacer le coup du 15 avril 1999.
« C’est l’arabe- langue du coran- qui demeure langue officielle, et l’islam, la religion de la nation. La laïcité n’a pas de place chez nous. ….Bien que notre race est amazigh.» Bouteflika nous confirme son projet de société et du coup il efface sa déclaration faite le jour où on lui a décerné la médaille d’or africaine de la paix (voir plus loin)
Bouteflika dit qu’il ne trouve pas avec qui dialoguer si ce n’est « les tracts que je lis ». « je ne nie pas l’existence de partis politiques, mais où sont-ils, dans la presse.. »
Même si je ne partage pas les positions des « Aarchs », je dirai que ces derniers, en se déplaçant à Alger le 14 juin 2001, c’est eux qui n’ont pas trouvé avec qui dialoguer et non pas le contraire.
Pour semer la division qui était jadis la culture des colons, Bouteflika a déclaré aux sudistes : « Vous avez les mêmes problèmes, sinon plus. Mais vous les avez géré entre vous, sans recourir à la violence, à la casse. Vous n’avez pas brûlé les écoles, les institutions administratives ou autres, car vous savez que tout cela vous appartient. Pourquoi brûlerez-vous ce qui vous appartient ? Vous avez une maturité que les gens du nord ne comprennent pas. » « Même en matière de tourisme, vous êtes les meilleurs, car vous savez accueillir les visiteurs. Vous avez l’esprit économique, inexistant ailleurs. » Voilà comment le Président de « tous les algériens » répond aux manifestations de Kabylie. Par ces phrases, voulait-il dire que les kabyles ont brûlé les biens de l’Etat, car ça ne leur appartient pas ? ce qui veut dire qu’ils sont des étrangers par rapport à ce pays ? Mais, la guerre de libération nationale, à elle seule, suffit à montrer combien cette région est attachée à sa patrie.
Bouteflika à Illizi le 20 juin 2001 (l’Authentique du 21-06-01)
« Ceux qui ont échoué durant plus d’un siècle à nous mettre à genoux, et qui rêvent toujours du paradis perdu. » C’est avec cette phrase que Bouteflika accuse la France sans la citer d’être derrière les événements de Kabylie. Pour s’excuser auprès de ce pays, dans un entretien accordé à l’agence de presse Associated Press, lors de sa visite aux Etats unis d’Amérique, au courant du mois de juillet 2001, Bouteflika avait affirmé qu’en dénonçant le comportement ourdi de l’étranger visant l’Algérie, il n’a pas « visé ni le gouvernement ni le peuple Français. », mais, il dit qu’il « vise des milieux mafieux de la criminalité transnationale qui a tissé des réseaux avec les mafias locales. » Là, on se demande est ce que c’est cette mafia transnationale qui a tenté durant plus d’un siècle de mettre à genoux le pays ou c’est la France ? Il faut être vraiment bête pour ne pas connaître la réponse.
Par rapport à la marche du 14 juin 2001 qui a tourné au drame, Bouteflika a déclaré : « Aucunement l’Etat n’est pas faible mais nous traitons les problèmes avec sang-froid. Les éléments de la sécurité qui ont un comportement exemplaire lors de la dernière marche du 14 juin, pouvant être angoissés, mais nous avons libérés 250 personnes ayant commis des actes de sabotage. » A mon avis les éléments de la sécurité doivent êtres angoissés et terrorisés par la libération des terroristes sanguinaires. Pour dire que la libération de « 25O personnes qui ont commis des actes de sabotage » n’est pas synonyme de faiblesse de l’Etat, une façon de dire aux manifestant : faites attention on est très fort. C’est bien de savoir que notre Etat n’est pas faible, mais dans ce cas, comment peut-on expliquer son abdication devant les « égarés de la sociétés » selon Bouteflika et « les anciens maquisards » selon le général Attalia ?
Bouteflika à Adrar :
A partir d’Adrar, le président est allé plus loin dans son mépris par rapport à la question identitaire. En voulant marcher sur l’histoire du pays et du nord africain en général, Bouteflika avait déclaré : « Si je consultais le peuple sur l’amazihité, il aurait voté contre. Mais je ne le ferai pas. Par contre, je proposerai la révision de la constitution où j’inclurai la langue amazighe, que ce soit le Kabyle, le chaoui, le Zenati, le Mozabit, etc. » D’une part, cette déclaration est tout a fait opposé à l’histoire du pays, d’autre part, il a montré que l’avis du peuple ne compte pas pour lui ; en supposant que réellement ce dernier voterait contre la langue amazigh, lui, il est prêt à l’introduire sans son aval dans la constitution.
Commission d’enquête sur les événements de Kabylie :
Que peut-on espérer d’une commission d’enquête sur ces événements quant on entend son propre président répondre dans les colonnes du quotidien El watan(20mai 2001) à la question du journaliste : « N’avez-vous pas peur que vos conclusions ne soient pas prises en charge par les pouvoirs publics ? » par : « Et alors ? A qui allons-nous déclarer la guerre ? Quand on vous demande d’établir un rapport ou de mener une enquête, on ne vous demande pas aussi d’appliquer vos conclusions. Je vous retourne la question. Vous qui êtes journaliste, vous avez publié des enquêtes, que sont-elles devenues ? C’est un peu l’aspect non raisonnable de beaucoup de vos confrères et d’hommes dits politiques qui s’interrogent sur le devenir de notre travail. Je dis : essayons d’abord de découvrir la vérité. Si cette vérité est cachée, c’est qu’elle est explosive. Si elle est publiée, c’est qu’elle ne risque de gêner personne. Mais même si elle est explosive, un jour ou l’autre ça se saura, n’est-ce pas ? C’est une question de temps. L’essentiel pour moi, n’est pas le devenir de nos conclusions, dans le cas où elles sont inédites ou originales. Mon seul souci est que la commission puisse faire son travail et découvrir réellement la vérité. C’est-à-dire trouver s’il y a du monde derrière ces événements ou s’ils sont spontanés. Nous serons soulagés de constater que c’est un mouvement d’une population excédée qui accumule les déboires, les échecs, le chômage, la mal vie…, soit tout ce dont la presse a parlé. » Vous ne trouvez pas qu’il est désolant de voir une telle réponse de la part d’une personne dite imminent juriste ? Moi, dans ce cas, je ne trouve aucune place pour comparaître les enquêtes menées par des journalistes et une enquête diligentée par le président la République qui criait haut et fort que les résultats de cette commission seront connus par le public et que leurs résultats seront mis en application. A quoi sert une vérité gardée dans le tiroir ? A quoi sert d’engager une commission d’enquête et de dépenser de l’argent public si ce n’est pas pour appliquer ses résultats ? Moi, j’aurai aimé entendre ce juriste dire : « Il sera regrettable d’engager une commission d’enquête pour, finalement garder ses résultats dans les archives pour servir les nouvelles générations. » Quand on a une situation explosive et devant nous les résultats d’une enquête qui peuvent rétablir l’ordre et mettre fin à cette crise, on doit se mettre au travail. Mais nos dirigeants préfèrent léguer des leçons d’histoire pour les nouvelles génération en écrasant celles du présent.
Pour savourer les résultats de cette commission, on a préféré reprendre une lettre adressée au chef du gouvernement, par l’homme avec qui Bouteflika a passé de meilleurs moments : Quatre mois plus tard le docteur Sadi s’adresse au chef du gouvernement avec une lettre pour l’avertir que « la situation peut dégénérer ». Dans cette lettre, Sadi a écrit : « Si, comme on peut le penser, le cynisme d’Etat doit continuer à hypothéquer toute chance d’évolution ordonnée à échéance prévisible, que du moins soient prisent des mesures pour arrêter ou réduire les provocations et autres humiliations qui minent quotidiennement un terrain explosif. » Sadi qui a connu les coulisses de ce pouvoir nous montre bien par cette phrase « toute chance d’évolution ordonnée à échéance prévisible » comment les événements de la Kabylie sont gérés par le pouvoir. Plus loin, Sadi écrit : « Hormis le cas du jeune Guermah Massinissa, entré bien malgré lui dans la brigade de Béni Douala, les jeunes tués dans les dairas et communes ont été atteints à des centaines de mètres des brigades. » Ni les gendarmes, ni « les tortionnaires », auteurs identifiés de ces crimes ne sont inquiétés. « Cette injustice ne passera pas. Pas seulement parce qu’elle est moralement inadmissible, mais parce que, objectivement, elle ne peut plus passer. (…) » (voir le matin du 03-10-2001)
Pour justifier la non application des résultats de cette commission, Bouteflika, lors de son discours à la nation du 12 mars 2002, a préféré montré une certaine insatisfaction par rapport aux conclusions de sa commission d’enquête, en déclarant : « En décidant la création d’une commission d’enquête indépendante, je n’ai pas choisi sa composante, je n’ai pas limité son champ d’investigation, ni enfermé sa mission dans le temps. J’en attendais des réponses claires aux questions qui posent la responsabilité dans ces événements, tant au niveau des comportements individuels que des dysfonctionnements éventuels de l’appareil de l’Etat. », « j’userai des pouvoirs discrétionnaires que me confère la constitution pour que toute la lumière soit faite sur les tenants et aboutissants de cette tragédie nationale. » Qui doit-on croire, le président de la commission d’enquête qui a déclaré que son seul souci est la découverte de la vérité, dans ce cas, on doit supposer que le rapport final remis au président contient cette vérité tant cherchée, ou bien le président qui déclare que la lumière n’est pas encore faite dans cette affaire. La réponse à cette question serait plutôt explosive, alors attendons le jour où la balance des rapports de force s’incline du côté des manipulateurs pour la connaître.
Dans le même discours, le président a déclaré : « Tous les responsables des dépassements et principalement ceux impliqués dans la mort d’hommes sont et seront poursuivis par l’Etat. » Peut-on croire à la poursuite des gendarmes quand on sait que des terroristes, auteurs de crime contre l’humanité se pavanent dans la rue sans êtres inquiétés. Et dans le cas où les gendarmes et les autres responsables de la mort d’hommes sont poursuivis et sévèrement punis, quelle sera l’attitude de leurs collègues qui voient que des terroristes sont amnistiés par le président de