Bouteflika préseident (suite 7)
M. Bouteflika a montré sa préférence pour le régime présidentiel avant de révéler qu’il continue de vivre en tant que président dans son appartement d’Alger : « je n’ai en rien modifié mon mode de vie depuis que je suis président. Je connais le pouvoir et les tentations du pouvoir. Je sais une chose : qui apprend à vivre, à dormir sur une natte n’a jamais peur de tomber du lit. » C’est une façon de dire qu’il y a une rupture entre le président et le véritable pouvoir ? Cela veut dire que le président ne sait plus quand il sera éjecté, alors il vaut mieux continuer à dormir sur une natte, car si on tombe du lit pour une deuxième fois, on risque une véritable cassure surtout quant on est âgé.
Bouteflika sur les ondes d’Europe 1, le 08-11-1999.
En réponse à la question de M. El Kabach : « De l’autre côté de la Méditerranée , on perçoit en ce moment un ralentissement, comme des entraves mises à certains de vos projets, comme par exemple la formation du gouvernement : qui veut ce retard ? » M. Bouteflika a dit : « D’abord je dois avouer que les problèmes de l’Algérie sont finalement plus difficiles que je ne le pensais. J’avais une vision trop optimiste. Je n’avais pas une vision objective de la situation. Maintenant que je suis dans le bain, j’ai une vision beaucoup plus claire de la gravité des problèmes à résoudre. La classe politique complètement dépassée. La génération montante ? C’est tomber de Charybde en Scylla … »Ne dit-on pas « avant de plonger, il faut savoir nager» ? Ce constat montre bien son éloignement par rapport à l’Algérie. Comment peut-on avoir une vision objective lorsqu’on a passé 20 ans de traversée de désert dans les grands palaces des émirs du Golf ? Ne pas avoir une vision objective nous conduit aussi à dire que son programme tracé n’est pas objectif. Boutef s’est-il trompé des gens qui l’ont ramené. Ces derniers lui ont-ils fourni de fausses données sur la situation du pays pour le pousser à plonger dans ce bain dont il risque de se noyer ? Boudiaf a été liquidé physiquement et Bouteflika est sur le chemin l’être politiquement.
Serge July : « Mais alors comment allez-vous constituer ce gouvernement qui doit incarner votre volonté politique, votre projet ? »
Bouteflika : « Pas spécialement, je dois tenir compte qu’il y a quatre partis de la coalition qui m’ont soutenu. Ce qui complique la quadrature du cercle. Car en fin de compte, moi je ne suis qu’un candidat indépendant. Mais il se trouve que pendant la campagne j’ai été soutenu par quatre partis très importants. Je suis obligé de tenir mon contrat d’honneur et de faire participer au nouveau gouvernement. Cette majorité n’est pas comme la majorité de M. Jospin ou celle de M. Blair. Je suis obligé, pour ma part, d’aller vers une mosaïque. Et cette mosaïque ne me convient pas . Je veux un gouvernement homogène composé d’hommes d’Etat. » Tout au long de cette interview, il a insisté sur la raison qui l’a retardé dans la formation de son gouvernement qui se résume à la mosaïque, comme il n’a pas ménagé les membre de son gouvernement en déclarant que « l‘actuel gouvernement ne fait pas grand-chose maintenant. Les gens savent qu ‘ils doivent partir. ». En réponse à Serge July qui lui a dit « vous êtes sévère pour le gouvernement actuel », Bouteflika lui avait dit : « je suis absolument objectif. Et je joue la transparence. ». Puis c’est à El Kabach d’enchaîner « mais alors vous êtes seul ? » Non, il n’est pas seul car d’après lui « il y a quand même des Algériens qui font leur travail… » avant qu’il ajoute : « quand je formerai mon gouvernement, je serai moins seul. Parce que je tâcherai de prendre des gens en qui j’aurai un peu plus de confiance. Et qui, s’ils me trompaient, se tromperaient de bonne foi. Ce qui n’est pas toujours le cas actuellement… » Car, il compte veiller sur le choix des hommes qu’on lui proposera, qui devra se faire sur « des critères bien précis ». Il a même déclaré « on vous propose un homme d’affaires pour faire partie du gouvernement. Ce n’est pas ma conception. » Généralement, c’est les hommes d’affaires qui proposent des personnalités pour le gouvernement et non pas l’inverse. Comme il a affirmé qu’il y a des membres du gouvernement qui font des affaires et ça ne le convient pas, et avec l’histoire de Chorafa, peut-on dire que ça ne le convient pas dans la mesure où ces derniers lui faisaient de l’ombre pour ses propres affaires ? A la question de savoir s’il est pressé d’avoir ses hommes avec lui dans un nouveau gouvernement, il a répondu par « Dans une certaine mesure, oui. Mais dans une autre mesure, non. Pour une raison très simple : j’ai encore quelques lois et quelques décrets à changer » Peut-on comprendre qu’on peut encore changer des lois avec des membres de gouvernement qui « ne font pas grand-chose » et qui « font des affaires » ? ou bien doit-on comprendre : faites vos affaires, je ferme les yeux, mais à condition que vous laisser passer mes textes de lois ?
Réponse des investisseurs Français à Bouteflika
Le 29 janvier 2000, M. Bouteflika a eu la première réponse de la part des investisseurs français et ce par la voix de la compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (COFACE). Ce jour là le président de cet organisme, M. Fbonios David, a indiqué sur BFM (une radio économique), que « l’Algérie est un marché difficile », où il y a « des défauts de
paiement » et où « la situation n’est pas totalement stabilisée »
Quand le pouvoir, et Bouteflika en tête, voulait séduire et les intellectuels algériens résidant en France et du coup la France. En Algérie, sous les instructions de Bouteflika, le 08 mars 2000, on mis en œuvre tous les moyens pour faire revivre le monopole de l’Etat sur la publicité en procédant à la création d’un nouveau groupe englobant tous les acteurs publics dont l’Anep… Quelques jours plus tard, le Samedi 18 Mars de la même année, le ministre de la communication et de la culture, M. Abdelmadjid Teboune déclare aux intellectuels algérienns, à Paris : « Nous voulons renforcer le pluralisme et la liberté d’expression… La politique du tout-Etat est révolue…Nous basculons dans une nouvelle ère où l’Etat se contente d’un rôle de régulation et de contrôle».
Reçu au niveau de l’aéroport d’Orly par le président, M. Jaques Chirac et selon le quotidien français « Le parisien », on lui a déroulé 234 "m de tapis rouge, ce qui a fait dire au caricaturiste du journal le Monde, « j’espère qu’ils n’auront pas tout investi dans le tapis rouge. »
Devant l’Assemblée française.
Avant de dire quoi que ce soit sur l’intervention de M. Bouteflika devant l’assemblée nationale française, il est indispensable de signaler la position juste et très courageuse du député vert M. Noël Mammer qui a refusé d’assister à cette intervention et qui a déclaré dans une conférence de presse (le 14-06-2000) : « les verts ne seront pas présents pour le discours de M. Bouteflika. Nous estimons que tant que l’Algérie ne sera pas un Etat de droit, le président algérien n’a rien à faire devant ce qui est le cœur de la démocratie française » L’engagement de cet homme est resté intact. Trois ans plus tard, il a refusé d’assister au match de rugby de Begles où il est député-maire, vue que cette équipe est sponsorisée par Rafik Khalifa.
Dans la déclaration de Boutef devant l’assemblée, on retenu ces phrases « …Au plus fort de l’épreuve où elle était plongée, l’Algérie n’a vu de ceux dont elle attendait le plus, se tendre vers elle que peu de mains amicales, tandis que s’enflaient contre elle des campagnes de désinformation et d’intoxication d’une virulence et sans précédent, qui auraient pu briser sa résistance et la laisser choir comme un fruit mûr dans l’escarcelle d’un intégrisme totalitaire, aussi étranger à l’Islam que l’était le national-socialisme hitlérien au socialisme d’un Jean Jaurès. ».L’auteur de ces phrases lui-même n’avait pas tendu sa main à son propre pays pendant cette période. De quelles campagnes de désinformation voulait-il parler ? La seule campagne qui a donné naissance à la question « qui tue qui ? » et qui implique les services de l’armée dans les massacres commis contre les populations civiles a été appuyée par Bouteflika en qualité de Président de la République , lors de sa première sortie en Suisse, lorsqu’il a déclaré que « l’arrêt du processus électoral était le premier acte de violence » en Algérie. Et la question « qui tue qui ? » Quand le président lui-même déclare que « les égorgeurs d’enfants n’ont rien à voir avec les partis islamistes. Ce sont des bandits de grands chemins… » alors la question « qui tue qui ? » demeure une question d’actualité. Le peuple a t-il le droit de savoir quels sont ces bandits qui chassent les populations des terres fertiles et qui assassinent les familles du plus grand au plus petit pour éviter de voir se manifester un jour, un héritier de ces terres ?
Comme, Boutef se trouve au cœur de la démocratie française, il est toujours utile de parler de démocratie en Algérie. Sur ce sujet, il a déclaré « En adhérant au projet de concorde civile et en exprimant massivement, par là, sa volonté d’assumer sa diversité par la compréhension et la tolérance » l’Algérie a réalisé « une mutation historique et une percée incontestable dans le domaine de la démocratie. L’expérience du multipartisme quoique inégale, et l’émergence d’une presse libre sont là pour attester des progrès accomplis dans cette voix ». Effectivement, l’Algérie a réalisé quelques pas dans le domaine de la démocratie, avant l’arrivée de Bouteflika au pouvoir. Le 15 avril 1999 était la date de décès de toute forme de démocratie en Algérie.(voir le chapitre réservé à la répression de Bouteflika).
Bouteflika nomme et limoge
Bouteflika limoge le ministre de la communication :
Qui pourra faire mieux que Bouteflika ? A ma connaissance, aucun des présidents de la République qui se sont succédés à la tête du pays n’a inauguré son premier conseil des ministres par un limogeage. Le seul qui l’a fait, c’est bel et bien Bouteflika à l’encontre du ministre de la communication, M. Abdelaziz Rahabi.
Ce dernier, pour expliquer la décision du président, avait fait cette déclaration au quotidien le Matin du 19 décembre 1999 : « Il se passe que je ne fais partie d’aucun clan, que je n’appartiens à personne, et chez nous, lorsqu’on a un esprit libre, on a très peu de marge de manœuvre. »
Déjà, durant la campagne électorale pour les présidentielles, la presse était au centre des critiques de Bouteflika. Par ce limogeage spectaculaire, on ne peut pas dire que c’est M. Rahabi, dont certains disent qu’il est un ami de la presse de Rebrab, qui était visé. Par cette décision, Bouteflika a donné le coup d’envoi à la lutte contre la liberté d’expression, sinon comment pourrait-on expliquer le projet de loi sur la publicité, adopté par l’APN le 22 juin 1999, soit retiré au niveau de la deuxième chambre (le sénat) et que le renforcement de l’ANEP soit programmé pour janvier 2000 ? A propos de ce projet de loi, l’ex-ministre avait déclaré dans la même interview : « En réalité, la loi sur la publicité, et je suis vraiment désolé pour la cinquantaine de sénateurs qui ont voté pour son retrait, a trois objectifs qui sont fondamentalement destinés à promouvoir des espaces de liberté et de démocratie dans le pays ;
1- la fin du monopole sur la publicité afin que n’importe quel citoyen ou institution puisse choisir son support publicitaire.
2- La fin du monopole signifie aussi que les institutions peuvent aussi choisir d’autres supports publicitaires que l’ANEP.
3- La loi sur la publicité impose aux journaux uniquement 30% de l’espace publicitaire sur la surface rédactionnelle.
Le coup de la fin de cette lutte contre la liberté d’expression était la réforme du code pénal adopté par les deux chambres d’ « enregistrement » de la présidence (l’APN et le sénat).
Bouteflika ne veut pas du gouverneur du Grand-Alger :
Une année après son intronisation, le 01 mars 2000, lors d’un conseil des ministres, Bouteflika a déclaré à propos du gouverneur du grand Alger, M. Chérif Rahmani : « A cette occasion, je voudrais d’abord souligner que la saisine du conseil constitutionnel au sujet du statut du gouvernorat du grand Alger traduit, en premier lieu, ma ferme volonté d’exercer l’ensemble de mes pouvoirs constitutionnels conformément aux conditions et modalités prévues, dans ce cadre, par la loi fondamentale du pays et de mettre fin, en second lieu, à toute forme d’organisation qui ne s’inscrirait pas dans la constitution et donc de restaurer l’autorité de l’Etat sur ses démembrements et remédier aux altérations qui ont affecté son unité. Le conseil constitutionnel s’étant prononcé sur l’inconstitutionnalité de ce statut, conformément aux pouvoirs que lui confère le texte fondamental du pays, je ne voudrais pas y revenir, je tiens seulement à souligner que je ne saurais tolérer, pendant mon mandat, l’existence de situations faisant échapper une quelconque autorité au pouvoir de contrôle. » Peut-on parler de conseil constitutionnel, lorsque on sait qu’il n’a jamais levé le moindre petit doigt durant les trois années d’existence du GGA (gouvernorat du grand Alger) et qu’il a fallu sa saisine par le président de la république pour qu’il « découvre » enfin le caractère inconstitutionnel de cette structure ? M.Bouteflika se base sur la constitution à chaque fois qu’elle lui confère le pouvoir de limoger…mais dans d’autres situations, il n’arrête pas de la qualifier de « constitution qui n’a ni tête ni queue » Ce qui intéresse le président se limite à son autorité et à son image. Peut-on parler de conseil constitutionnel quand on sait qu’il n’a jamais levé le moindre petit doigt durant les trois années par la voix de Maître Zehouane que « Ce sont les services secrets algériens qui ont rédigé la déclaration de confirmation par le conseil constitutionnel de la démission de Chadli Bendjedid en janvier 1992. ». Maître Zehouane n’avait été tendre dans sa conférence, lors de la journée d’études organisée par le MSP à l’hôtel Essafir(le 5avril 1999) consacrée à « la décision du conseil constitutionnel d’exclure la candidature de Mahfoud Nahnah : entre le droit et le politique », il avait déclaré que : « le conseil constitutionnel, en la personne de son président, n’aurait pas dû accepter la démission du chef de l’Etat (Chadli), car ce dernier avait dissous auparavant l’Assemblée nationale, et que, par conséquent, la présidence de la République ne pouvait pas revenir, comme le prévoyait la constitution de 1989, au président de cette institution. » avant d’ajouter que « le président du conseil constitutionnel pour se défendre de certaines critiques, avait confié à une personnalité algérienne, l’historien Mohamed Harbi, que le texte de confirmation de la démission de Chadli B. lu par M. Benhabylès à des milliers de concitoyens était l’œuvre des services secrets algériens. » Pour terminer avec ce chapitre, il s’est demandé, comme on se le demande d’ailleurs « quel honneur peuvent tirer une telle institution comme le conseil constitutionnel et son président d’une telle affirmation ? ».
« Le gouverneur du grand Alger a dilapidé les deniers publics dans une fête qui n’avait pas lieu d’être(…)Alger a déjà fêté son millénaire en 1971(…)J’ai laissé faire pour que le peuple découvre ce qui me reste à changer dans ce pays(…) La loi qui a donné naissance au gouvernorat du grand Alger a permis de créer un Etat dans l’Etat ; le ministre gouverneur du GGA n’a plus de compte à rendre qu’à Dieu, et à Dieu seulement. ». C’est ce qu’a déclaré Bouteflika pour un média étranger. Certains milieux avancent l’astronomique somme de 112 milliards de centimes dépensés durant cette fête du millénaire d’Alger. Dans un pays en pleine crise, un pays qui n’arrête pas de déclarer que ses caisses sont vides, le président peut t-il se permettre de laisser le gouverneur dépenser une pareille somme, et ce dans l’unique but de démontrer au peuple ce qui lui reste à changer ? Le président a-t-il le droit de jouer de cette façon avec l’argent du contribuable ? Mais le comble dans cette histoire c’est le maintien de M. chérif Rahmani, « qui a détourné les deniers publics » au poste ministre de l’environnement et de l’aménagement du territoire, dans tous les gouvernements successifs de Bouteflika.
Pour rendre hommage à l’action de M.Chérif Rahmani, l’ex-ministre gouverneur du GGA, il est inutile de chercher dans l’opposition une voix différente de celle du président de la République , il suffit d’écouter le ministre de l’intérieur, M.Yazid Zehouni, qui a déclaré, le 21 mars 2000, lors de la cérémonie d’installation du nouveau wali d’Alger, M. Abdelmalek Nourani : « Ce sont la situation sécuritaire et ses implications sur la vie du citoyen qui ont été à l’origine de cette initiative (création du GGA). Il fallait un système nouveau pour Alger. On sait comment étaient les choses et comment elles sont devenues aujourd’hui, j’ai été témoin en tant que citoyen des changements intervenus grâce aux efforts de M. Rahmani. » Le ministre de l’intérieur voulait-il dire que la situation sécuritaire en l’an 2000 s’est améliorée pour mettre fin au nouveau système ? Et en disant, « j’ai été témoin en tant que citoyen » voulait-il nous faire rappeler que le président qui a critiqué la création du GGA n’était pas en ce moment citoyen d’Alger et d’Algérie ?
Bouteflika ne veut pas de vice-président :
Avant l’arrivée de Bouteflika au fauteuil présidentiel, certains médias avaient beaucoup parlé sur la possibilité de création d’un nouveau poste de vice-président, et ont même avancé le nom de Ouyahia, comme futur vice-président.
Mais, avec un homme issu d’un régime qui n’aime pas partager le pouvoir, le 16 février 2000, dans une interview accordée à la chaîne de télé d’Abou Dhabi, Bouteflika a déclaré : « je ne veux pas de vice-président » avant d’ajouter « Il faut que le vice-président soit élu comme cela se passe aux Etats Unis d’Amérique .» Avec son impopularité, M. Ouyahia, n’a plus de chance d’occuper ce poste. Mais, au lieu de placer ce dernier au poste de vice-président, on lui a offert le poste de ministre d’Etat, ministre de la justice, le temps de rétablir l’ordre dans l’affaire des cadres incarcérés, puis on lui a créé un poste de ministre d’Etat, représentant personnel du président de la République.
Bouteflika ne veut pas de Benbitour :
La démission de M. Ahmed Benbitour, chef du gouvernement a été annoncée à plusieurs reprises par la presse, mais ce dernier a démenti ces informations. Au départ, il a cru qu’il réussira à s’imposer dans le royaume de Bouteflika. Durant sa deuxième rencontre trimestrielle avec la presse, M. Benbitour avait retracé son itinéraire et ses compétences, comme il avait affirmé qu’il était libre politiquement et qu’il n’appartenait à aucun clan, à aucun parti. M. Benbitour avait déclaré qu’il est le responsable des privatisations, ce qu’on peut considérer comme une mise au point au ministre de la participation et de la coordination des réformes, M. Temmar. Malheureusement dans le royaume des faucons, aucune personne se disant intègre ne peut y résister.
Après la démission, en 1999, de Zeroual du poste de président de la République , c’est au tour du chef du gouvernement Benbitour de le faire le 26 août 2000. Ce dernier a bien montré à Bouteflika la façon avec laquelle on rentre chez soi, le jour où on tente de bafouer sa dignité. Il n’avait pas accepté l’ordre de Bouteflika de légiférer par ordonnance l’organisation des capitaux marchands de l’Etat. Pour lui « Cette méthode de gouverner par ordonnance initiée par les cadres de l’administration présidentielle (…) s’apparente à la mise en place d’un gouvernement parallèle et gène le parlement dans l’exercice de ses attributions constitutionnelles. » En un mot, cette démission est la meilleure réponse qu’on puisse donner à un président qui avait déclaré lors de sa visite à Sétif « Le chef du gouvernement ne connaît rien. C’est moi le chef et c’est moi qui décide. »
Bouteflika ne veut pas de Boumaza :
Personne n’ignore que Boumaza s’est exilé du pays de 1966 à 1979, c’est à dire durant toute la période du régime de Boumediene, donc aussi de Bouteflika. Boumaza n’a jamais eu de bonnes relations avec le président. Le 14 mars 2000, lors du forum des Sénats du monde tenu à Paris, Bachir Bouaaza, président du Sénat algérien a déclaré : « Le conseil de la nation, en sa qualité de deuxième chambre, n’est pas un organe de trop dans l’ordonnancement institutionnel, pas plus qu’il n’est un contrepoids destiné à faire obstacle à l’expression majoritaire au sein de l’Assemblée… » Boumaza a appris sur Bouteflika, les répliques à partir de l’extérieur.
Au moment où Bouteflika n’arrêtait pas de s’attaquer verbalement aux élus qui « se servent », Boumaza s’est exprimé publiquement contre l’enquête sur les élus. Lors de l’ouverture de la session d’automne du parlement , le 3 septembre 2000, il avait déclaré : « L’opportunité nous permet aujourd’hui de nous interroger sur les objectifs d’une telle campagne et l’évocation des moyens d’information d’une prétendue circulaire ministérielle dont l’objectif est de mener une enquête… » avant d’ajouter « tout ce qui a été prévu, selon le contenu des déclarations publiques, est la constitution de commissions afin d’établir des expertises sur l’endettement des APC. » Le lendemain, soit le 4 septembre, Bouteflika, en visite à Constantine, a déclaré que « Les sanctions contre les élus qui se servent seront nationales ». Au sujet du nombre de sénateurs désignés, Boumaza a tenu au nombre de 24 au lieu de 29 proposé par Bouteflika. Le jeudi 04 janvier 2001, le président Bouteflika a mis fin au suspens créé autour du tiers présidentiel au conseil de la nation (Sénat) en procédant à la désignation des membres. Comme on l’avait « déterré », Bouteflika à son tour lance la corde aux anciens ministres et autres personnalités qui l’ont soutenu durant sa campagne électorale avec la création de comités de soutien. C’est une façon de récompenser certains, de se venger des autres qui l’ont un jour abandonné au milieu du chemin pour le forcer à l’exil. Au moment où le président promis au peuple de combattre la bureaucratie et la corruption, il a fait ressurgir sur le terrain des personnalités qui, aux yeux du peuple algérien, ont toujours symbolisé le système rentier et bureaucratique. Parmi ces personnalités on retrouve:
- M. Messadia Mohand-Chérif, ancien ministre et ancien numéro 2 du FLN et patron des organisations de masse en qualité de président de la deuxième chambre.
- M. Belayat Abdelhamid, ancien ministre.
- M. Boudiaf Ahmed Redha, président de l’organisation nationale des avocats et membre des comités de soutien à Bouteflika.
- Yacef Saadi, auteur de « la bataille d’Alger »
- Leïla Tayeb, ancienne secrétaire d’Etat à l’éducation au temps de Chadli.
- Yahia Guidoum, professeur et ancien ministre, etc.
Tous revenus - d’un monde que le peuple croyait révolu à jamais – sur la scène politique et cela avec la grâce de Bouteflika.
Bouteflika n’aime pas qu’on s’oppose à ses décisions. Boumaza qui avait tenté de le faire, en a payé les frais. Le12 avril 2001, il sera replacé par M. Mohamed Chérif Messadia au poste de président du Sénat et cela dans des conditions qui laissent à désirer. En effet, la manière avec laquelle il avait été dessaisi de son poste s’apparente beaucoup plus à un putsch qu’à autre chose. La presse avait d’ailleurs rapporté cette maladresse de M. Salah Boubdiner, qui avait présidé alors la séance de travaux du Sénat, et qui en dit long sur les pratiques de nos dirigeants. Celui-ci avait déclaré à l’ouverture des travaux que l’ordre du jour était la « Désignation du président du conseil de la nation». Lapsus révélateur que les présents dans la salle voulaient rectifier en lui soufflant « élection ! élection ! », après quoi M. Boubdiner avait corrigé en disant : « Oui, nous allons désigner pour une élection démocratique le nouveau président ». C’est ainsi que Boumaza à été évincé et que Mohand Chérif Messadia avait été rappelé à un poste de responsabilité pour le restant de sa vie (il meurt quelques mois après cette désignation) et cela sans attendre la décision du conseil constitutionnel, saisi à cet effet par Boumaza. A qui le tour alors ? Les jours prochains nous le diront.
Ces déclarations sont reprises dans le quotidien le Matin du 1-09-1999.
La douane :
« je ne comprends pas du tout que des gens travaillant aux douanes se taisent devant des abus commis au détriment de l’économie ».
Moi, je me demande comment un simple douanier peut-il réagir devant toutes les magouilles au niveau de nos ports, alors que le premier magistrat du pays ne peut et n’a rien fait depuis son intronisation.
La gendarmerie nationale:
«Je sais qu’il est des faits enregistrés au niveau de la gendarmerie que je n’aime pas citer. Je ne comprends pas que les gendarmes qui savent ce qui se déroule dans leurs secteurs ne dénoncent pas ces dépassements. »
Je crois que tout le monde est au courant du sort des Kabyles qui ont dénoncé les dépassements de ce corps d’Etat.
La mafia :
« Il est inadmissible que tu restes toi, peuple algérien, passif, alors que les richesses de ton pays sont partagées entre des personnes. »
« Même les autorités officielles reconnaissent que le commerce extérieur qui était le monopole de l’Etat est devenu aujourd’hui le monopole de personnes…L’économie du pays est devenue le monopole de dix ou quinze personnes. Mais on se rend compte qu’on ne peut pas les poursuivre en justice. Ils ont mis sur pied une loi sur mesure. »
En lisant le livre de Hichem Aboud « la mafia des généraux », on peut se rendre compte que ces personnes qui ont le monopole sur le commerce extérieur, n’ont pas seulement mis une loi sur mesure, mais plus que ça, ils ont imposé le « « président sur mesure. »
« Oui, je critique la constitution et je critique les institutions de l’Etat. Je les critiquerai tant qu’elles resteront tordues…je les critique et je ferai les changements au nom du peuple. »
Au nom du peuple en voie de disparition, Bouteflika n’a pas beaucoup de chance de réaliser toutes ses promesses. Promesses qui, d’ailleurs, ressemblent un peu aux histoires qu’on raconte aux petits enfants pour les endormir.
« La dépravation doit disparaître de notre pays… j’ai des dossiers…on dit que ce sont des rumeurs. Dois-je croire que ce que j’ai sous les yeux ne sont que des rumeurs ? »
Tout dossier, quel que soit son degré de gravité et quel que soit la valeur des preuves détenues, ne fini-t-il pas toujours par devenir une illusion quand on a les mains attachées et un pouvoir très limité.
Bouteflika et les terroristes..../...Asuivre