Bouteflika President (suite 8)
Bouteflika et les terroristes
Il n’est un secret pour personne aujourd’hui que la politique dite de « concorde civile » prônée par Bouteflika, n’a servi que de couverture politique à des accords conclus auparavant entre une branche l’armée algérienne et l’AIS (Armée Islamique du Salut). Les décideurs algériens, allergiques à toute solution politique à la crise qui secoue le pays depuis 1991 - car conscients du rapport logique entre une véritable solution et le départ du régime - ont conclu des accords avec le groupe terroriste de Madani Mezrag en juillet 1997, et cela dans des conditions très obscures. Cela avait abouti à la trêve qu’on connaît à laquelle avait appelé le chef terroriste signataire des accords, mais sans qu’on ne sache le moindre détail de plus sur leur contenu réel.
Pour ne pas s’attirer les foudres de la communauté internationale et assurer une légitimité à ce qu’ils ont conclu sur le dos du peuple algérien, il fallait à nos «illuminés » généraux, trouver un président qui acceptera d’apposer sa signature après que le président Zeroual avait catégoriquement refusé de le faire : on se rappelle son fameux discours adressé à la nation où il avait rétorqué à ses détracteurs que « le dossier du FIS est définitivement clos ». La suite est connue de tous : une campagne d’une rare virulence avait été menée, par presse interposée, durant tout l’été de l’année 1998 contre la personne de Betchine, conseiller du président Zeroual. Cette campagne a fini par avoir raison du duo amenant le président Zeroual à abréger son mandat en appelant à une élection présidentielle anticipée.
C’est ainsi qu’est venu Bouteflika, offrant ses services au cartel des généraux qui l’ont intronisé sur le fauteuil présidentiel, lui qui ne souhaitait pas plus que cela.
Nous allons voir comment Bouteflika, la dernière trouvaille des décideurs, a fait des mains et des pieds pour vendre sa politique de concorde civile.
A partir de l’Italie, le 23 août 1999, lors du meeting pour « l’amitié des peuples » dont il a été l’invité d’honneur, il avait déclaré que l’Algérie ne peut plus rester sous l’emprise du fanatisme, et que la loi sur la concorde civile ne comporte « ni compromis ni compromission de l’Etat » avant d’ajouter que « l’Etat a donné la chance à ceux qui veulent la saisir, à ceux qui veulent faire preuve de bonne volonté avant tout jugement ». Pour s’aligner sur le principe de l’Union européenne condamnant la peine de mort, Bouteflika avait annoncé que « quelle que soit la gravité du crime, il n’y aura ni peine de mort ni perpétuité pour les auteurs ». En Algérie, on a toujours été plus Arabe que les Arabes, plus Palestinien que les Palestiniens, alors pourquoi ne pas se montrer aussi plus respectueux des droits de l’homme que les démocraties occidentales en supprimant même la perpétuité ? Mais de quel jugement voulait-il parler, quand on sait que cinq jours, plus tard, de retour en Algérie, il avait fait cette déclaration sur les ondes de la chaîne III : « C’est tout à fait clair que je vous donne acte du fait que la loi est très, très, très clémente. J’ajoute même qu’il y a une clémence qui n’est pas plus visible. C’est que même les gens passibles des juridictions ont encore une possibilité : c’est l’aptitude constitutionnelle du pouvoir exécutif d’intervenir pour alléger éventuellement les peines. » . Toujours sur les ondes de la chaîne III, il nous fait savoir qu’ « il n’y a pas beaucoup de musulmans qui savent que tuer une personne qui n’a pas tué une autre âme et qui ne s’est pas rendue coupable de dépravation sur terre, c’est comme tuer toute l’humanité toute entière. Eh bien, moi, au moment où je vous parle, avec les lois qui ont été faites, tuer un algérien, c’est tuer tous les algériens. » Tuer tous les algériens sans être condamner à perpétuité est un signe encourageant et pour les terroristes et pour les forces de la répression qui n’ont, d’ailleurs, pas hésité à tuer les jeunes manifestants de Kabylie, lors du printemps noir. Tuer un Kabyle non coupable de dépravation sur terre n’est pas tuer tous les algériens ? Pour justifier le faible taux de repentance, le président croit « que les terroristes sont dans des conditions où ils ne lisent pas la presse ou quelques fois ils ne lisent pas du tout. Ils ne sont pas toujours informés et ils n’ont pas de télévision, probablement qu’ils n’ont pas de radio, et puis un texte de loi est toujours un peu compliqué à comprendre même pour les initiés … ». Dans des conditions pareilles, peut-on se demander si le président ne demande pas à la société civile qui a accès aux moyens de communications de se repentir ? Effectivement, un texte de loi, quand il contient une partie invisible, même les juristes auront du mal à le comprendre.. un texte de loi mal compris entraîne, automatiquement, une mauvaise application, donc des injustices. La tâche du président se complique, car il ne suffit pas de satisfaire uniquement l’opinion internationale, mais il doit aussi faire un clin d’œil pour les fans de l’éradication, alors comme « c’est plus difficile de faire la paix que de faire la guerre », il a annoncé qu’ « après le 13 janvier, la conscience de chacun sera libérée. Après les délais qui sont fixés par la loi, il est tout à fait clair que l’Etat doit se défendre par tous les moyens mis à sa disposition… » Une façon de légitimer la guerre. Avec un ton plus dur, le 07 novembre de la même année, il a déclaré sur les ondes d’ « Europe I » : « J’ai traité les aspects idéologiques et politiques de la violence depuis mon arrivée au pouvoir. Et ils sont en cours de traitement(…). Les égorgeurs d’enfants n’ont rien avoir avec les partis islamistes. Ce sont des bandits de grands chemins et je les traiterai comme tels. Je tiens à vous dire que ni Amnesty International ni les organisations des droits de l’homme n’empêcheront les services de sécurité et l’armée de faire ce qui doit être fait après le 13 janvier… » avec une telle déclaration, Bouteflika, voulait-il blanchir les islamistes de tous les crimes commis contre les populations, et, en même temps, donner raison à ceux qui se posent la question « qui tue qui ? » ou bien c’est une façon de légitimer l’utilisation de gros moyens de luttes antiterroristes ? Quand on veut défendre un projet de loi conçu pour des objectifs obscurs, il est certain qu’on aura du mal à trouver des arguments convaincants, alors on souffle dans tous les sens sans pouvoir faire bouger les choses. La preuve, trois mois après la date butoir (13-01-2000), le président fait appel aux oulémas pour l’aider dans sa mission. Le 21 mars 2000 plus exactement, il s’adresse à eux dans ces termes: « Je vous prie d’user de toutes vos forces, votre sagesse dans le sens de la réconciliation qui me permettraient d’annoncer le grand pardon entre les enfants d’une même nation. » avant d’ajouter « j’ai souvent souhaité détenir toutes les prérogatives et l’amnistie générale qui n’excluent personne. Partant de l’idée que Dieu pardonne les fautes passées. Cependant, Dieu n’exige pas de ses hommes ce qui est au-delà de leurs forces. » Heureusement que Dieu n’a pas mandaté de M. Bouteflika pour le remplacer sur terre et pour qu’il pardonne, à sa place, les crimes commis contre l’humanité. Un mois plus tard, soit le 13 avril 2000, le président reçoit une mise au point de la part de son propre ministre de la justice, M. Ahmed Ouyahia qui avait déclaré: « ceux qui pensent que la loi sur la concorde civile peut s’éterniser se trompent de lieu et de temps. », lui rappelant que la loi promulguée le 13 juillet 1999 et votée par le peuple algérien le 16 septembre 1999 a une durée de vie limitée puisqu’elle prend fin le 13 janvier 2000. Mais malgré ces rappels à l’ordre, Bouteflika a continué sa politique durant plusieurs mois encore, faisant fi de cette date butoir. C’est ainsi que deux ans après, on l’entend dire sur une chaîne de télévision libanaise et qui a été repris par l’Expression du 20 mars 2002, et s’adresser au sanguinaire Hattab dans ses termes :« Si Hattab veut la paix, nous la lui accorderons » et qu’il (Bouteflika) « était prêt à l’accueillir et à lui accorder la faveur de regagner la société civile ». Comment convaincra-t-il cette société civile de se rallier à sa cause? Il dit être prêt à tout faire, « si je devais prendre mon bâton de pèlerin et partir courir l’Algérie tout entière pour emmener les gens à accepter, je le ferais. Je suis un fidaï qui a cassé tous les tabous et je n’ai pas de préjugés à en casser encore », avait-il déclaré.
Il restait alors, pour faire passer la pilule au peuple, à trouver des relais au sein de la classe politique. Le RCD a, entre autre, bien évidemment accepté de jouer ce rôle. Cela arrangeait d’autant plus le pouvoir que ce parti joui de l’étiquette de parti d’opposition et surtout de démocratique.
Le vendredi 03 septembre 1999 alors, M. Said Sadi tient une conférence de presse au siège de son parti à Alger, où il annonce et explique le soutien de son parti par un « OUI » actif à la politique de « concorde civile » de Bouteflika. Il déclare que « dès le départ, le RCD a noté que cette loi sur la concorde civile était du point de vue juridique acceptable », sans omettre de préciser que ce texte de lois est « l’exacte contraire de la plate forme de Rome qui mettait l’Etat en situation d’abdication ».
Le docteur Sadi et ses compagnons n’ont décidément qu’un seul principe et qui consiste à soutenir tout ce qui est contraire au Contrat de Rome. Soutenir Zeroual durant les présidentielles de 1995, était pour contrecarrer le Contrat de Rome. Boycotter les présidentielles de 1999, était aussi pour faire barrage au Contrat de Rome et là enfin, c’est barrer la route au Contrat de Rome qui est avancé comme argument pour soutenir la concorde civile. On se demande quand est-ce que ce groupe trouvera un autre repère ! Et on voudrait surtout savoir qui a mis réellement l’Etat en « situation d’abdication » ? Le Contrat de Rome, tenu entre civils et rendu public dans ses moindres détails, ou la concorde civile tenue entre des gens en armes et dans le secret le plus total ? La réalité nous montre bien que se sont ces « concordistes » qui ont mis l’Etat algérien à genoux en allant jusqu’à supplier les terroristes, ou ces désormais « maquisards » et autre « Monsieur Hattab », foulant ainsi par terre la dignité du peuple qui a résisté au prix de milliers de morts.
Voyons un peu les raisons avancées par le docteur pour aboutir à ce grand « OUI » actif. D’après lui:
1 - « La remise des armes se fait sans conditions »
2 - « La justice passera à chaque fois que les auteurs des crimes de sang seront identifiés. »
3 - « Il n’y aura pas de reconstitution légale » de l’ex-FIS.
Le premier argument ne tient pas la route et il suffit pour cela de lire les réponses faites à Bouteflika par les islamistes (voir plus loin) pour savoir, en fait, que la remise des armes se fera avec conditions. Il ressort clairement de la lecture de ces textes que les accords n’ont pas été conclu entre une armée nationale forte et une armée de terroristes islamistes « à genoux » mais bien avec une horde terroriste qui ne se voit pas du tout vaincue et qui pose ses conditions elle aussi, sous réserve de reprendre la lutte.
Pour la seconde raison, on ne peut que rappeler au Docteur l’épisode de l’affaire de l’ex-émir terroriste qui avait déposé plainte contre le quotidien arabophone « El Khabar ». Cela montre clairement que se sont plutôt les terroristes qui ont gagné dans l’affaire ; et cela montre encore une fois que c’est l’Etat qui a dû faire le plus de concessions, puisqu’il n’a même pas obtenu de ceux-ci le moindre geste de repentir… ne les a-t-on pas d’ailleurs vu rejeter même le qualificatif de « repenti » eux qui se considère toujours être dans la bonne voie !
Enfin, en ce qui concerne le troisième argument avancé par S. Sadi, à savoir la non reconstitution légale de l’ex-FIS, on se pose réellement la question on quoi cela changerait-il les choses. Car si c’est l’existence d’un parti islamiste qui cause véritablement un problème, on voit mal comment la parti du Docteur s’accommode de la présence du parti de Nahnah (HAMAS) au pouvoir et aussi de celle de Belkhadem au poste de ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères ? Et cela malgré qu’il dit qu’il n’y a aucune différence entre les deux partis (HAMAS et l’ex-FIS). N’avait-il pas déclaré un jour: « je connais aussi bien que tous les algériens, les objectifs de ce parti (HAMAS), je sais qu’il vise et cible la même chose que l’ex-FIS ». Comme quoi, en politique il faut tenir un discours cohérent où se taire !
C’est plutôt les discours du président sur les réformes et ses promesses de changer le pays de fond en comble qui ont séduits le président du RCD et pas autres chose. Comme « la question de l’école, la refonte de la justice, la réforme de l’administration, le fléau de la corruption, le positionnement géostratégique et l’ouverture, sans complexe, du pays sur la scène internationale sont autant de dossiers que le RCD a souvent été seul porteur pendant de longues années. », comme il dit, il est claire que le RCD trouve son compte dans le programme du président. Ce jour-là, M. Sadi, a même montré sa disponibilité à participer au gouvernement de Bouteflika. A une question d’un journaliste concernant ce sujet, il a répondu: « je suis prêt à rencontrer le chef de l’Etat pour discuter s’il me lance une invitation (…) même si, l’important n’est pas d’être titulaire d’un portefeuille ministériel, mais de connaître le projet qu’on cherche à appliquer avant de prendre une décision tranchée ». La décision de voter « OUI » pour la concorde civile est un signe indiquant que même sa participation au gouvernement est dores et déjà acquise. Pour le docteur, Bouteflika « est le premier chef d’Etat depuis l’indépendance qui n’exclu pas de donner un statut de langue nationale au Tamazight » . Un statut de langue nationale mais pas officielle, comme il est indiqué dans le programme du RCD. Voici un autre point commun entre Sadi et Bouteflika. D’ailleurs, jusqu’à présent, on ignore si c’est le hasard qui a fait que le président Bouteflika déclare le même jour (le vendredi 03 septembre 1999) à Tizi Ouzou d’un ton tranché que : « Tamazight ne sera jamais une langue officielle ».
Amara Benyounes, premier vice-président du RCD, avait fait cette déclaration le 30 juin 1999 à Tadmait (Tizi-Ouzou), lors de la commémoration de l’assassinat de Mohamed Boudiaf: « Ceux qui ont tué ces citoyens (les victimes du terrorismes. NdA) ne sont pas nos frères et ne le seront jamais. Jamais nous leur pardonnerons. Abassi Madani et Madani Mezrag sont devenus aux yeux du pouvoir, des patriotes. C’est inadmissible. Sachez que nous n’oublierons pas la mémoire de ceux qui ont été assassinés. » (voir El Watan du 1er juillet 1999, page 3). Avant cette date, il a eu aussi l’occasion de déclarer : « C’est incroyable qu’en 1999 des candidats islamistes, qui revendiquent une amnistie et de mettre sur un pied d’égalité les terroristes et les policiers, aient non seulement le droit de parler, mais que l’Etat finance leur campagne au moment où Said Sadi n’a pas le droit à l’expression. » (Le Matin du 25-03-1999). En faisant ces déclarations, M. Amara Benyounes ignorait, peut être, que dans les mois qui suivaient, son parti rejoindrait ce même pouvoir qu’il décriait et que lui-même deviendrait ministre du gouvernement de Bouteflika ; celui-là même qui a amnistié les terroristes qui « ne sont pas [ses] frères et ne le seront jamais » et le faisant même asseoir à la même table que les membres du MSP.
Bouteflika et les terroristes pendant que la violence s’abattait sur la Kabylie :
A suivre.../...