Bouteflika Président (suite 6)
Il est demandé aux travailleurs d’être le moteur dans ce tournant que s’apprête à négocier l’Algérie. Mes frères travailleurs vont constater des choses qui vont les transposer en quelques secondes, d’un monde à un autre. » Effectivement, des milliers de travailleurs ont été transposés en quelques secondes d’un monde actif vers le monde du chômage et du suicide. Frères travailleurs, il vous est demandé d’être le moteur sans pression pas plus que ça, car il y’a le président qui occupera le poste du conducteur ; le FMI et les généraux, le poste de cerveau. Nos dirigeants s’apprêtent à exposer nos entreprises à une concurrence étrangère sans avoir le courage d’exposer le régime politique à une concurrence nationale.
Pour s’attaquer au multipartisme, Bouteflika, qui excelle en ironie, a déclaré ce jour-là « Avec la « Baraka » du Bon Dieu, on est passé du parti unique à une soixantaine de partis. » avant qu’il s’interroge : « La pluralité est-elle un objectif qu’on atteindra par une simple décision juridique ? » Moi, je dirait qu’avec la « débaraka » des généraux, l’Algérie est en train de passer d’un pluralisme politique au régime de personne unique. Et je dirai aussi que, c’est vrai qu’on ne peut pas atteindre un multipartisme par une simple décision juridique. Pour atteindre la démocratie, on doit ouvrir les médias à l’opposition, on doit libérer la presse et on doit surtout libérer le champ politique. La démocratie est un mode de vie. Dans un pays comme le notre, où on déclare que le terrorisme est « résiduel » pour vanter les mérites de la concorde civile et dans l’espoir d’attirer les investisseurs étrangers et où on exhibe en même temps l’état de siège pour interdire toute forme de protestation, la démocratie a encore un long chemin à faire. Mais, il est utile de signaler au président et aux décideurs, qu’on ne peut pas réaliser la paix par un simple projet de loi, surtout quand ce dernier a été négocié sur le dos du peuple.
Bouteflika est soucieux du respect des droits de l’homme ? En l’entendant dire : « Il faut absolument remplacer l’ONDH par une autre institution car il n’est pas garant de la préservation des droits de l’homme. Il est inadmissible que les étrangers soient plus jaloux de la préservation des droits de l’homme en Algérie que les Algériens eux-mêmes. », on croirait que le destin du peuple algérien est, désormais, entre de bonnes mains, mais il ne nous a pas fallu assez de temps pour découvrir que le respect des droits de l’homme n’est qu’un « parfum » que notre pouvoir se met pour « sentir bon » devant l’opinion internationale. Un mois, jour pour jour, après cette déclaration, on a commencé à voir les jeunes de la Kabylie en train de tomber sous les balles des forces de la répression. N’est-ce pas là un bon exemple du respect des droits à la répression ?
Quelques déclarations de Bouteflika sur les chaînes de télé étrangères :
A la chaîne libanaise « El Moustaqbal », le 09-11-1999 :
« Après que Reuters eut publié des informations qui font cas de différent ayant survenu en Algérie, les médias ont propagé cette information à travers le monde au point de nous faire croire qu’il existe des médias ennemis qui peuvent amplifier ou qui tenteraient de braquer les projecteurs des différents internes existants. Comment expliquer cela ? L’APS a répercuté la dépêche de Reuters sur mes instructions. Mon intention était de savoir qui a inspiré cette dépêche. Immédiatement après, la source de Reuters a été identifiée. Ce n’est pas la première fois que de telles provocations nous mettent hors de nous, celles-ci sont justifiées au regard de la liberté de la presse, et puis, je suis le président de l’Algérie, je n’ai pas besoin de tuteur. » Jouer le rôle de rédacteur en chef de l’APS fait-il aussi partie des grandes lignes générales du président de la République ? Dans cette affaire, Bouteflika a voulu nous montrer son intelligence inouïe en matière de déverrouillage des combines. Mais, pourquoi n’a-t-il pas agit de la même manière pour découvrir les tenants et les aboutissants des événements de Kabylie.
A MBC, le 28-11-1999 :
A la question de savoir pourquoi la radio et la télévision sont limitées au président, Bouteflika a répondu : « La télévision et la radio appartiennent à l’Etat (…) C’est l’Etat qui les finance et elles sont là pour défendre la politique de l’Etat. Nous n’avons pas créé ces radios ou cette télévision pour les offrir à ceux qui s’attaquent à l’Etat et causent le malheur de leur peuple. Dans tous les cas, il existe une presse libre, un espace libre d’expression. Libre à ceux qui veulent s’exprimer de le faire. Mais les organes de l’Etat appartiennent à l’Etat. » La radio et la télévision sont à la disposition de Bouteflika. Ce qui veut dire que l’Etat c’est lui, c’est la résurrection de Napoléon en Algérie. C’est lui qui les a crées et c’est lui qui les finance. Et l’argent du contribuable dans tout ça ? Les gens qui sont exclus de ces médias sont-ils des Algériens ou bien des extraterrestres ? Jusqu’à preuve du contraire, ils sont les représentants du peuple. Quand on sait que le nombre des analphabètes existants en Algérie, on comprend bien pourquoi Bouteflika oriente l’opposition vers les journaux. En outre, pour en finir avec ce minimum d’espace libre, le président a bien su choisir l’homme des sales boulots au poste de ministre de la justice pour mettre en œuvre ce qu’on appelle les réformes du code pénale. Cet homme, après avoir engagé l’opération dite « mains propres », c’est autour d’une nouvelle qui doit porter le nom de « plumes propres », en attendant de nouvelles qui seront pires que les premières.
Comme je l’avais déjà mentionné, Bouteflika ne rate aucune occasion pour critiquer la presse et rappeler l’appartenance des médias publiques à l’Etat. Le 17 août 2000, Bouteflika en visite à Sétif pour l’inauguration du nouveau siège de la radio locale EL Hidhab, a saisi l’occasion pour rappeler sa visison sur les médias. Il avait déclaré à ce fait : « Le journaliste de la presse publique doit être au service exclusif de l’Etat. » Pour lui, les journalistes ont le droit d’appartenir à n’importe quelle formation politique mais, « ils n’ont nullement le droit d’utiliser l’outil de l’Etat pour faire passer des programmes et des slogans de qui que ce soit. »
Voilà une leçon que devra suivre le Directeur de la télévision, M. Hamraoui Habib Chaouki, qui avait d éclaré, après sa nomination, dans le Matin du 5 décembre 1999 : « Le jour où il (Bouteflika) m’a reçu pour me proposer le poste, le président m’a juste demandé de retrousser les manches en me précisant qu’il me faisait confiance. » Dans cette même interview, il a ajouté que : « l’opposition politique agréée est un ensemble de citoyens, par conséquent, elle a le droit de s’exprimer en tant que partie prenante de l’Etat algérien dans une télévision qui est une institution de ce même Etat. », « le président n’a jamais dit que l’ENTV lui appartient ou que l’opposition sera interdite d’écran. Je ferai de l’unique une TV moderne qui réponde à l’authenticité algérienne et à l’aspiration réelle et légitime de l’Algérie d’être parmi les nations dignes de ce nom. » Bouteflika lui a demandé de retrousser les manches dans le sens de maîtriser la manipulation de l’opinion publique et non pas dans le sens d’ouvrir les portes de son entreprise à l’opposition ou bien aux véritables aspirations des citoyens. A l’entendre parler, on a tendance à croire que HHC a mal saisi la leçon de Bouteflika, mais en pratique, c’est facile de se rendre compte que son choix pour ce poste n’est pas fortuit. La preuve, l’affaire Baâziz est là pour nous soulager dans notre opinion. A juste titre, on tiens à rappeler que ce chanteur populaire, invité au courant du mois de juillet 2000 à une émission de variétés « Mesk ellil » avait poussé le bouchant plus loin en chantant en direct sa chanson « Waili Waili » dont il disait « Quand j’entends ce général, je ris sans pitié. Mêlé aux affaires, il est devenu une personnalité. Il a le pouvoir, l’argent et la double nationalité…Le téléphone a sonné, le président a démissionné… », ce qui l’a amené à recevoir dès le lendemain des menaces à l encontre de sa personne.. Dans une interview accordée pour le quotidien le Matin du 21/22 juillet 2000, Baâziz avait déclarait : « (…)Le lendemain de passage à « Mesk ellil », des travailleurs de l’ENTV m’ont dit que des personnes qui se sont présentées comme étant de la sécurité sont venues récupérer la cassette de l’émission. Puis les menaces ont commencé. Des personnes bien placées à l’ENTV, l’adjoint de Leila, la productrice de cette émission, sont carrément venues me demander de « faire attention à moi », que j’allais payer mon geste. Certains sont venus me menacer de représailles. On m’a dit : « Faites attention à vos enfants. » Je ne vous cache pas que j’ai pris peur à cet instant, je suis vraiment inquiet, surtout qu’au même moment on a arrêté ma participation à la tournée d’une autre émission de variété, Jil Music. Depuis l’ENTV a également arrêté tous les spots dans lesquels je figurais. »Avant d’ajouter : « (…) Les menaces directes sont venues de l’ENTV. Ils m’accusent d’avoir été poussé, manipulé par les forces politiques, ce qui est complètement faux, parce que cela prouve qu’ils ne me connaissent pas. Les menaces sont venues de Hamraoui Habib Chaouki. Mais moi je me pose la question : qui est-il pour qu’il décide de stopper ma tournée Jil Music et qu’il l’a menacé lui-même pour qu’il en arrive à déposer sa démission ? Je ne sais d’ailleurs pas si elle a été accepté ».
Bouteflika au journal Echarq El Awsat (le Matin du 17-09-2000) :
« En toute franchise, je ne pense pas que dans un pays autre que l’Algérie, on aurait adopté sur le plan politique et religieux une politique de pardon, de concorde et de réconciliation nationale qui ferme les yeux sur certains actes qu’aucun être humain ne pourrait tolérer, mais nous l’avons fait pour la sécurité et la paix de tous. »
En comparant cette phrase prononcée par un président qui était « le père » de la diplomatie algérienne durant les années 70 à celle de Chadli, qui a déclaré un jour : « L’Etat qui n’a pas de problèmes n’est pas un Etat ; et Dieu merci, l’Etat algérien n’a pas de problèmes. », je suis arrivé à ce résultat : Les algériens qui ont fermé leurs yeux devant les actes terroristes ne sont pas des êtres humains.
Bouteflika et Pinochet :
En marge de l’assemblée générale de l’ONU au courant du mois de septembre 1999, Bouteflika avait tenu une conférence de presse. Concernant la situation de Pinochet arrêté à Londres, ce dernier avait déclaré : « Si Pinochet doit être jugé, il doit être jugé par le peuple chilien. On n’a pas à se substituer au peuple chilien. » avant d’ajouter : « j’ai tout fait, à partir de ma position , pour lui créer plus de problème possible ; par deux fois, j’ai envoyé des délégations des Nations unies pour l’embêter parce que j’étais un ami de Salvadore Allende », l’ancien président chilien assassiné. « Mais une fois que le problème est réglé, que le Chili a retrouvé sa souveraineté, je n’aime pas du tout ce qui lui arrive à Londres. » Bouteflika qui fait partie des nouveaux dictateurs recyclés pour lui donner l’image d’un homme moderne a tout intérêt à critiquer le droit d’ingérence des pays étrangers et même l’existence du tribunal pénal international, car ce qui se passe en Algérie mérite bel et bien une commission d’enquête internationale pour déterminer les véritables visages qui sont derrière l’assassinat de Boudiaf et toutes les autres personnalités connues ou anonymes à l’image de tous les jeunes de la Kabylie massacrés durant son règne. La position de Bouteflika est tout à fait logique ; chacun doit défendre son semblable.
Réponse des investisseurs allemands :
Lors de la huitième session du forum algéro-allemand, tenue à l’hôtel Hilton, à Alger, le 7 mai 2001, le vice-président du forum économique algéro-allemand a adressé cette phrase : « Il ne suffit pas de dire venez nous avons des projets. C’est beau pour être vrai, encore faut-il que vous sachiez ce que vous voulez. Ici la locomotive est difficile à démarrer. »
Malgré cette critique, les allemands ont décidé d’élever le niveau des assurances pour les investissements en Algérie pour atteindre 300 millions de Deutsch Mark, alors qu’en 2000, la somme était de l’ordre de 200 millions de Deutsch Mark.
La deuxième gifle des allemands pour Bouteflika :
La deuxième gifle reçu par Bouteflika de la part des allemands a eu lieu lors de sa visite officielle de deux jours en Allemagne le 2 et 3 avril 2001. Selon une dépêche de l’AFP, le président fédéral allemand, M. Johannes Rau. avait mis en garde Bouteflika contre « l’utilisation systématique de l’armée pour lutter contre la violence fondamentaliste. » Pour lui, « le détournement de la religion à des fins politiques, pour la prise de pouvoir, ne peut être combattu uniquement par les moyens militaires. On peut y répondre en regagnant la confiance des hommes, par l’Etat de droit et les droits de l’homme. » et « lorsqu’en dernier recours l’emploi de moyens militaires devient inévitable, il doit alors être accompagné de la plus stricte discipline des forces armées et soumis au droit et à la loi. ». Voilà des phrases qui mettent mal à l’aise et le président et ceux qui sont derrière lui. Pour Bouteflika, sans la paix, il n y aura pas de progrès économique, mais voilà un autre son de cloche qui vient du président fédéral allemand qui déclare que « Le meilleur moyen d’éradiquer la violence fondamentaliste demeure cependant le développement économique. C’est pourquoi l’Allemagne, même durant ces dix dernières années difficiles, s’est efforcée de maintenir avec votre pays non seulement les contacts politiques, mais aussi de contribuer à la construction économique. »
Bouteflika rend hommage à Saint Augustin, le dimanche 1 avril 2001 :
(le Matin du 2-4-2001p.24)
Lors du colloque international sur saint Augustin, organisé au palais des nations, Le président à tenu à l’inaugurer par un long discours. Un discours plein de versets coraniques. Bouteflika avait déclaré « qu’Augustin ait vécu et pensé avant la révélation coranique ne s’aurait disqualifier son œuvre comme support et aiguillon d’une réflexion commune, de notre point de vue de musulmans. Car le message révélé à notre prophète Mohamed s’est inscrit dans le prolongement de ceux qu’ont enseignés Abraham, Moise et Jésus » Ce qu’on peut signaler, c’est que ce colloque portait au départ l’intitulé « Saint Augustin,entre l’africanité et universalité », mais la faiblesse du pouvoir devant les islamo-conservateurs a fait changé le thème du colloque pour devenir « Premier colloque international sur le philosophe algérien Augustin ». Saint Augustin est algérien mais pas un saint. Pour justifier ce changement, le directeur de l’organisation de ce colloque, M. Mahmoud Bouayad, qui est aussi conseiller au niveau de la présidence, a tenu un point de presse où il avait déclaré « On a eu de cesse d’expliquer que saint Augustin est algérien et qu’il est mort avant l’avènement de l’islam. Donc, on ne peut pas lui reprocher d’être de confession chrétienne »
Le message est clair : Saint Augustin n’aurait droit à aucun hommage s’il aurait vécu après l’avènement de l’islam. Une concession de plus concédée aux islamo-conservateur.
Bouteflika devant les cadres de la nation
C’était le 26 avril 2001. Bouteflika s’est adressé aux cadres de la nation réunis au palais des nations. Ce jour-là, il a annoncé son plan spécial de relance économique qui, selon lui fera « sortir définitivement l’Algérie de sa crise ». Ce jour-là, tout les algériens attendaient un geste, une parole du président vers la jeunesse de Kabylie, vers cette région embrasée, mais rien. Bouteflika a tenu un discours de trois heures. Parmi les phrases qu’on a pu retenir de son discours, on y trouve ce constat amère montrant que l’image de l’Algérie n’est toujours pas réhabilitée aux yeux des investisseurs étrangers, malgré les nombreux voyages du président à travers le monde. Bouteflika a déclaré : « Les investisseurs viennent et repartent d’où ils viennent car ils ne trouvent rien, ni cadre législatif, ni organisationnel, ni garantie. » Un constat qui montre que toutes les actions du président comme le remaniement au sein du corps des walis et autres ne sont que de la poudre aux yeux ; ces actions n’ont aucun impact sur le peuple algérien, qui se révolte chaque jour dans toutes les régions, et les investisseurs ne sont pas convaincus. Qui est donc visé par la politique du président ? Apparemment, il n’y a que ceux qui sont désignés à des postes importants qui ont bénéficié de la politique de Bouteflika. Ce jour-là Bouteflika a confirmé une autre fois sa vision par rapport au multipartisme. Pour lui, il est indispensable de réviser la constitution de novembre 1996 pour revoir le multipartisme qui a « disloqué le pays » et pour « savoir si les algériens veulent un régime parlementaire ou présidentiel » A l’entendre parler du régime parlementaire, on croirait que les députés jouent un rôle dans la vie politique nationale. Il faut vraiment être naïf pour avaler une telle idée. Durant cinq ans, on a vu - les députés et les sénateurs eux-mêmes le disaient à haute voix - que les deux chambres sont des chambres d’enregistrement. Bouteflika se défend et déclare qu’il ne souhaite pas le retour à un parti unique mais, selon lui, « il faut un multipartisme qui permette un consensus quand le pays est menacé et qui permettra à l’Algérie de ne pas être un laboratoire mais d’aller à grands pas vers la modernité ». En sachant que le pouvoir sait et saura entretenir la menace qui guette le pays, une menace qui change de nom selon les besoins et selon les données nationales et internationales, on comprendra que le pouvoir cherche un multipartisme de façade, des partis qui devront le suivre dans son sillage. Des partis politiques de consensus permanent, donc pas d’opposition. Concernant l’amnistie des terroristes, Bouteflika montre l’embarras dont il se trouve en disant « je me suis trompé peut-être en accordant l’amnistie et la grâce mais, l’Algérie qui a perdu beaucoup avec la crise perdra beaucoup plus si le sang continue à couler ». Bouteflika regrette l’amnistie, mais pour lui, il n’y a que l’amnistie qui diminuera l’écoulement du sang des algériens. Il tient toujours à amnistier des criminels dans une opacité totale et ce au moment où on matraque et on fait couler le sang des jeunes Kabyle dans la transparence totale.
Bouteflika et la catastrophe naturelle qui a frappé Beb El Oued le 10 novembre 2001 ;
Il a fallu attendre trois jours pour voir Bouteflika, le lundi, 12 novembre 2001, sur les lieux du drame. Pis encore, il n’est pas venu partager la souffrance de la population, au contraire, il était là pour la narguer. La population n’a pas été tendre non plus avec lui ; il a été accueilli par des slogans comme « Pouvoir assassin » et « Beb El Oued Echouhada ». Bouteflika était contraint de quitter les lieux rapidement pour se réfugier dans l’hôpital «Maillot » où il avait prononcé un discours humiliant. Après avoir précisé que cette catastrophe n’avait d’autres causes que la volonté divine, il est allé jusqu’à comparer la population sinistrée avec le peuple de « lout et tamoud » cité dans le Coran qui a vécu le pire des châtiments pour ses pratiques vicieuses et contre-nature. Bouteflika qui a présenté son plan de relance économique au mois d’avril devant les cadres de la nation, ce jour-là, il était venu pour montrer la faiblesse de son gouvernement devant une telle catastrophe en déclarant : « Nous n’avons pas les moyens de reloger toutes les familles qui sont dans la rue. Mais je tiens à signaler que celles qui le seront, aussi bien dans des appartements que dans les tentes, feront l’objet d’une enquête rigoureuse. ». En sachant la durée des enquêtes menées par les autorités et leurs résultats habituels, on ne peut que s’indigner devant de tels propos tenus par un président de la république. Il n’est pire humiliation et mépris que de parler d’enquête devant une population dans la rue en plein hivers et à l’approche du Ramadhan.
Devant une telle catastrophe, des responsables algériens dont le Général Fodhil Chérif, ont cherché à se laver les mains en accusant le FIS dissous d’être le créateur du « marché islamique de Triolet » au moment où celui-ci contrôlait les mairies d’Alger entre 1989 et 1991. L’un des dirigeants de ce parti, Kamel Guemazi qui fut maire de Beb El Oued et maire d’Alger n’avait tardé pour répondre à ce général en déclarant : « Lorsque nous sommes arrivés à la tête de Beb El Oued, en juin 1990, le marché de triolet existait déjà depuis trois ou quatre ans… ». En fermant les yeux devant la réponse de ce dernier et en supposant que ce marché dont on a enregistré le plus de victimes était réellement la création du FIS dissous, cela peut-il laver le pouvoir de ses responsabilités en sachant que le FIS a disparu depuis 1991 ? Si le pouvoir s’intéresse réellement à la vie quotidienne des citoyens, 10 ans ne lui suffisent pas de rétablir la situation en procédant à l’élimination de ce marché ?. Mais quand on est obsédé par les hauteurs d’Alger et ses villas (très rentables en location pour des compagnies étrangères et ambassades) et au littoral, on ne peut pas avoir un œil sur l’Alger d’en bas.
Il a fallu attendre le 22 novembre pour entendre le président de la République , lors du conseil des ministre, dire qu’il mettra « tous les moyens nécessaires pour effacer toutes les traces de cette catastrophe. ». Mais en s’y rendant sur place des mois plus tard, on s’est rendu compte que cette dernière promesse du président n’était que du vent qui a accompagné le déluge qui a frappé cette localité.
Entretien imaginaire entre Larbi Belkheir et Bouteflika :
Bouteflika : Mon Dieu ! pourquoi vous me créer une nouvelle crise à Alger ? Nous avons déjà la Kabylie en flamme et maintenant, Beb El Oued dans l’eau. Dans un cas pareil, il faut savoir manier le chaud et le froid à la fois.
L. Belkheir : Hada Kheir Rabbi, on n’a pas le droit de se mettre en colère contre Dieu. Tu ne sais pas qu’on peut tirer profit de cette catastrophe ?
Bouteflika : Tu crois vraiment à ce que tu dis ? Moi, j’aurai aimé que cette catastrophe aurait lieu en Kabylie, ce qui pourrait nous aider pour éteindre le feu et donner un peu de repos à nos forces de répression, comme on les appelle. En Kabylie, on doit utiliser de l’eau bouillante pour éteindre le feu dans les établissements publics et du coup la révolte des jeunes. A Beb El Oued, on doit utiliser du feu pour sécher la ville et pour chauffer les victimes. Je ne sais plus où mettre ma tête ?
L. Belkheir : Ne t’affoles pas. Maintenant la presse va s’occuper de Beb El Oued, donc la Kabylie sera reléguée en second plan. Tu dois savoir que tous les mouvements de protestation s’éteignent tous seuls une fois la presse a arrêté de parler d’eux . Ainsi, le problème de cette région sera réglé. Pour ce qui concerne Beb El Oued, avec quelques tentes, un téléthon, et une courte visite officielle, on pourra enterrer et les morts et les vivants à la fois.
Bouteflika : Tu es un géni, je ne t’ai pas choisi pour rien. Je sais très bien que si Chadli ait pu resté 10 ans au pouvoir, c’est grâce à toi et Chérif Messadia.
L. Belkheir : Tu m’as choisi ?
Bouteflika : Non ! j’ai oublié qu’il n’y a pas de caméra.
L. Belkheir : Revenons au cas de Chadli. Tu dois savoir que s’il n’avait pas voulu jouer le malin avec moi, il serait toujours là. Moi, je suis très naïf avec le président, mais le jour où je découvre qu’il veut jouer le malin avec moi, ce jour-là c’est fini pour lui ; il doit préparer sa valise.
Bouteflika : Je connais très bien ta valeur. En tous les cas, moi, je suis naïf avec toi et ton groupe et je le serai pour toujours. De ce coté tu peux être sûr.
Cette discussion a duré trois jours et trois nuits. Ils ont continué à jouer avec les mots. En les voyant de loin on dirait qu’ils jouaient une partie de jeux d’échec avec Gasparov. Vous avez compris, maintenant, la raison du retard mis par Bouteflika avant de rendre visite aux victimes de Beb El Oued ?
Bouteflika et la France
Avant sa visite en France
Avant sa visite en France, Bouteflika a multiplié ses interview avec la presse française.
Le 21 Août 1999, dans une interview au quotidien « La Marseillaise », dans laquelle, il a souhaité que « tous les obstacles qui entravent la normalisation des relations « Franco-algériennes » soient levées le plus tôt possible », on a pu retenir ces quelques déclarations :
« L’un de ceux (dossiers) qui retiennent particulièrement mon attention est celui lié à la dignité des Algériens qui séjournent en France ou qui veulent s’y rendre temporairement. ». M. Bouteflika s’intéresse à la dignité des Algériens vivant en dehors des frontières en attendant que les gendarmes écrasent ceux qui sont à l’intérieur. Puis, il a lancé un appel aux investisseurs français pour venir investir en Algérie en disant : « Il est regrettable pour le partenaire français de laisser à d’autres partenaires virtuels de l’Algérie une place de choix et de qualité » et pour insister dans son appel, il a ajouté « je ne connais pas de domaine où la coopération n’est possible entre l’Algérie et la France , sans pour autant que la volonté politique soit concordante d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée ». Tout d’abord, il faut signaler que l’Amérique n’est plus un partenaire virtuel de l’Algérie et que le sud Algérien est envahi par ses compagnies pétrolières. Maintenant, en ce qui concerne les domaines de coopérations, si lui ne connaît pas un domaine où la coopération soit impossible, nous, on connaît un, qui devrait être l’une des conditions à satisfaire avant tout dialogue entre les deux rives, le respect des droits de l’homme. Mais apparemment, c’est l’Algérie qui pose ses conditions et non pas la France . C’est ce qu’on peut comprendre en écoutant M. Bouteflika dire : Les relations entre les deux pays doivent être bâties sur « le respect mutuel » et « la non ingérence dans les affaires intérieures d’autrui. » comme ce fût le cas le lendemain des élections présidentielles du 15 avril 1999. Boutef a ajouté que « l’Algérie n’a aucune leçon à recevoir de quiconque quant aux droits de l’homme. »
Bouteflika à Paris Match du 02-09-1999
« L’Algérie traverse une crise morale […] depuis vingt ans, progressivement, il y a une déliquescence de l’Etat qui a presque abouti à une rupture entre gouvernement et gouverné » Il a voulu épargner la période où il a été ministre des affaires étrangères sous le règne de Boumediene. D’après lui, c’est à partir du jour où il a été viré du pouvoir que la déliquescence a commencé, alors que la réalité nous impose à dire que les germes de toutes les crises algériennes datent du jour où on a dissout l’assemblée constituante pour imposer une constitution dictatoriale. Et si on veut parler du phénomène de la corruption, on se pose la question suivante : durant les années 70, au milieu des années dites socialistes, l’Algérie comptait déjà des milliardaires qui vont sûrement se reconnaîtrent. Au début des années 80, la cour des comptes d’Alger avait l’honneur de marquer son nom dans l’histoire, mais dommage, elle n’avait pas suivi sa mission jusqu’au bout. M. Boutef a parlé d’une crise morale et de la rupture entre gouvernement et gouverné, sait-il que deux ans plus tard, il aura l’honneur d’amplifier cette crise au point de voir des soulèvements populaire dans 40 wilaya, ce qui ne s’est jamais passé dans l’histoire du pays ?
Toujours dans la même interview, il affirmé sa volonté de « se débarrasser de tous les organismes budgétivores et improductifs ». Pour gagner la confiance des investisseurs étrangers, il faut montrer la volonté de redresser l’économie par une gestion rationnelle, mais pourquoi dans ce cas se débarrasser de certains organismes pour créer des commissions tout aussi budgétivores et dont les conclusions ne sont même pas prises en compte. Il a crée la commission de réforme du système éducatif qui a produit un rapport jeté dans les tiroirs. C’est le même cas pour la commission de réforme de la justice, la commission d’enquête sur les événements de Kabylie… Non seulement, on ne met pas en pratique les résultats de ces commissions, pis encore, on leur crée un antidote pour maintenir le système en équilibre.
M. Bouteflika a montré sa préférence pour le régime présidentiel avant de révéler qu’il continue de vivre en tant que président dans son appartement d’Alger : « je n’ai en rien modifié mon mode de vie depuis que je suis président. Je connais le pouvoir et les tentations du pouvoir. Je sais une chose : qui apprend à vivre, à dormir sur une natte n’a jamais peur de tomber du lit. » C’est une façon de dire qu’il y a une rupture entre le président et le vé