J'ai tout perdu, Ma souffrance est une étoile (poèmes)
J’ai tout perdu
J’ai perdu mes sourires
Devant mes fidèles amis
J’ai perdu le sens des conversations
Et le chemin des solutions
Dans ce monde plein
De fléaux et de punitions
J’ai perdu mon amour
J’ai perdu ma famille
J’ai perdu ma nature
Tout le monde me voyait
Ce liège qui sait nager
Sur les eaux des mers
Mais moi, le morceau de fer
Planté dans une sale terre
Tout le mode me collait l’image
D’un arbre sans fruits
Mais moi, je ne suis que cette terre exploitée
Dans leurs moments préférés
Même Dieu m’a imposé ce destin
Qui veut de moi, une auberge aux chagrins
J’ai perdu mon flegme
J’ai perdu mon rigorisme
Devant les âmes intimes
J’ai tout perdu
En pâtissant
Les sottises des grands.
Rahim Bouaich : Mars 1992 (tournesol)
Ma souffrance est une étoile
Seul la nuit
J’écoute la pluie
Qui ne cesse de tomber
J’écoute le tonnerre et l’orage
Célébrant leur mariage
Pour faire un déluge
Mes larmes font une rivière
En cette saison d’hiver
Ces larmes de rage
Me transforme en un sauvage
Face à mon cœur trop sensible
Seul la nuit, j’écoute les ennuis
Du silence et ses bruits
Qui réveillent mes souvenirs
De mes journées indicibles
Qui sont pour vous invisibles
Seul la nuit je vois mon futur
Menacé par des déchirures
En voulant que je passe
De mon enfance à ma vieillesse
Sans connaître la jeunesse
En cette saison d’été
Ma souffrance devient épée
Qui partage mes plaisirs
Les plaisirs que je vois partout
Oh ! Les pauvres tabous
Seul la nuit
J’écoute le vent
Qui ne cesse de souffler
Pour me noyer dans un tourbillon
Je vois mon futur blanc
Ma feuille blanche
Entre les mains des illettrés
Seul la nuit
J’oublie que la nuit existe
Et mon étoile devient soleil.
Rahim Bouaich : Café Ihaddaden Bejaia le 03/05/1992 à 14h (tounesol)